À seulement 17 ans, Philip Köster devenait le plus jeune champion du monde de l’histoire du windsurf. Depuis, l’Allemand n’a cessé d’écrire son nom parmi les plus grands, avec cinq titres mondiaux et un style aussi spectaculaire qu’efficace qui en a fait l’un des riders les plus reconnaissables du circuit. En 2026, malgré les années qui passent, la motivation semble toujours intacte. Vainqueur à Gran Canaria en juillet, puis deuxième à Tenerife derrière Marc Paré, Philip s’est présenté dans le Nord au coude à coude avec le champion du monde en titre. Pour sa première participation à la Wissant Wave Classic dans son nouveau statut d’épreuve 4 étoiles, il aura une nouvelle fois montré qu’il fallait compter avec lui, en décrochant la deuxième place. Une nouvelle étape dans une saison où les deux hommes se livrent un duel particulièrement serré. Avant de poursuivre vers Sylt et la dernière partie de la saison, nous avons rencontré Philip Köster à Wissant pour parler de cette position de leader, de la pression qui l’accompagne, de son regard sur le circuit actuel et de ce qui continue, après tant d’années au plus haut niveau, à lui donner envie de repousser ses limites.
Salut Philippe, dans quel état d’esprit es-tu à ce stade de la saison ?
Il y a encore beaucoup à faire. Marc vient de remporter Wissant, il faut penser dorénavant à Sylt, Maui et au Chili. Mais je pense que je vais essayer de me concentrer principalement sur le Chili. J’ai déjà deux bons résultats et tout est encore ouvert, mais je me sens vraiment bien d’être en haut du classement.
Est-ce que le fait d’être dans le top 3 à cette période de l’année change ta façon d’approcher la compétition ?
Oui bien sûr. Je commence petit à petit à penser plus aux points. S’il n’y avait pas eu de vent ici à Wissant, peut-être que je serai allé en Écosse. Je vérifie toutes les options que je peux faire. Il y a beaucoup de choses qui se passent. En ce moment, personne ne parle de Bernd Roediger, mais s’il fait bien dans deux autres événements, il sera aussi certainement sur le podium. Il y a beaucoup de choses qui peuvent changer ta position et avec un tour si complet, si important en nombre d’événements, il est difficile de dire quel sera le classement final après le Chili. Marc navigue vraiment bien en ce moment. C’est un adversaire très dur. Il ne faut pas se relâcher et rester vigilant.
Que penses-tu de cette épreuve à Wissant ?
Je pense que c’est incroyable d’avoir un événement en France. La Torche était super bien, mais nous avons été assez malchanceux avec les conditions. Ici, dès que les conditions sont bonnes, il y a tellement de gens motivés. On voit tellement d’enfants sur l’eau. Je pense que c’est très important d’avoir un événement ici en France et c’est super que ce soit une épreuve 4 étoiles. Il y a de tops conditions et c’est très positif pour le windsurf.

Étais-tu déjà venu ?
C’est ma première fois ici mais j’avais vu beaucoup de vidéos de Jules et Arthur. Je savais un peu à quoi m’attendre et j’ai pu me préparer. Et puis, j’adore les sessions babords. C’est vraiment un bon spot pour naviguer.
La lutte derrière toi dans le classement est toujours très ouverte ? Fais-tu attention aux résultats de tes principaux rivaux ou préfères-tu te concentrer sur ta propre performance ?
Je me concentre principalement sur ma performance, mais il est clair que je regarde ce qu’il se passe derrière. C’est une compétition. Si je peux faire mieux que les autres, je serai ravi et je ferai tout pour.
La seconde moitié de la saison est maintenant lancée avec Wissant, Sylt, Maui et le Chili. As-tu déjà une stratégie en tête ?
Il y a encore tellement de choses qui peuvent se passer. À Sylt, on ne sait jamais s’il y aura des conditions. On a eu beaucoup de chance les dernières années. Mais qui sait ce qui se passera cette année ? Donc personnellement, j’avance, pas par pas. Je suis allé à Maui en début d’année. C’était OK même si ce n’est pas le spot où je suis le plus à l’aise. J’ai vraiment besoin de passer beaucoup plus de temps là-bas pour faire tomber quelques locaux. Donc j’essaie de me concentrer plus sur les choses que je connais vraiment bien. Je pense que d’aller au Chili et tous les endroits que je connais relativement bien, c’est un bon choix.
Que représente l’Aloha Classic pour toi ?
C’est un de mes objectifs de faire un bon résultat une fois sur l’Aloha Classic. Mais, j’ai vraiment besoin de passer plus de temps là-bas pour me sentir bien et être à l’aise avec mon matériel. Tous les locaux naviguent là-bas tous les jours. C’est comme moi à Gran Canaria. Je connais l’endroit tellement par cœur que même sur un mauvais jour, je peux faire quelque chose. Et c’est ce qui se passe sur Maui. Ils n’ont pas besoin d’un jour parfait pour s’amuser. Ils savent quoi faire. Aujourd’hui, pour moi, battre Morgan ou un autre local, c’est presque impossible. J’essaie de faire de mon mieux. Mais le tour actuel propose tellement d’opportunités à travers le monde qu’il est difficile de se concentrer et de s’entraîner que pour un seul événement.

Cette année, la finale se fera au Chili. Qu’est ce qui est le plus important pour toi aujourd’hui ? La course au titre, Maui ou le Chili ?
Le Chili. C’est un super endroit pour une finale. Cette année, pour la première fois, c’est l’événement qui déterminera qui sera champion du monde. Je me suis préparé pour. J’ai tout le bon équipement de prêt. Je connais bien l’endroit. C’est un spot vraiment amusant et génial à rider. J’ai hâte d’y aller.
Tu as déjà gagné 5 titres mondiaux. Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui à aller chercher d’autres titres ?
Je ne veux pas seulement gagner un titre même si j’aime vraiment la compétition. Depuis que j’ai 12 ans, je participe à des épreuves et j’aime bien. Aujourd’hui, en voyant tous ceux qui poussent, c’est aussi très motivant. Il y a deux ans, on a perdu Ricardo sur la tour et d’autres rideurs qui sont très bons et c’est dommage. En voyant les pushloops de Marc et Morgan et tous les autres, Antoine Martin dans ses folies… C’est vraiment cool et motivant de voyager avec ces gars pour aller rider. Je regarde beaucoup ce qu’ils font et ça me motive. Aujourd’hui, je commence à être un ancien du tour et j’essaie d’en profiter un max. Et puis, j’ai aussi deux filles. Elles aiment voire ce que je fais. Donc c’est amusant.
Après toutes ces années au plus haut niveau, qu’est-ce qui te donne encore envie de te jeter à l’eau ?
La passion. Elle est intacte depuis mes débuts. J’aime beaucoup sauter. J’aime sauter avec d’autres rideurs et essayer de nouvelles manœuvres. Faire mieux, aller plus haut, de meilleures rotations, de meilleures tricks… J’adore ça, donc chaque fois qu’il y a du vent et des vagues, je suis sur l’eau pour m’amuser. Et puis de voir les jeunes essayer aussi de faire de leur mieux sur l’eau aussi, c’est juste beau.
As-tu encore des objectifs ?
Je suis bloqué depuis plus de 10 ans avec le triple loop. C’est vraiment un but. À la maison (Gran Canaria), j’ai essayé plusieurs fois mais sans réussite. Il me manque de bonnes rampes. Niveau vent, on a ce qu’il faut. Il ne faut pas qu’il soit trop fort pour éviter de perdre le contrôle et de partir en sur rotation. J’ai juste besoin de la bonne rampe, de prendre la bonne hauteur. J’ai beau checker la météo sans cesse sur différents spots pour trouver où le tenter, je n’y arrive pas. C’est un peu comme une mission de vie.
