Les belles histoires de Planche à voile : l’envie d’infiniment bleu

Il y a quelques années, notre journaliste Vincent Chrétien écrivait un papier sur les belles histoires qui ont fait notre sport. Aujourd’hui, toujours dans la démarche de (re)partager avec vous certaines archives mais surtout de belles histoires, nous continuons cette série autour des plus belles Histoires de Planche à voile avec aujourd’hui comme une envie d’évasion, de traversée…

 

La planche à voile au long cours

C’est un défi à soi-même. Comme d’autres décident un jour de s’attaquer à l’Himalaya ou, dans une moindre mesure, au sommet du Mont-Blanc, certains windsurfeurs décident de s’affronter « l’infiniment bleu ». Ca a commencé très tôt : dès la fin des années 1970, dans la lignée d’un Bernard Moitessier, qui aimait à répéter : « Dieu a créé la mer et il l’a peinte en bleu pour qu’on soit bien dessus ». Très vite, les Français Christian Marty, Fred Beauchêne, Thierry Caroni, Alain Pichavant et Stéphane Peyron multiplient les projets de raids et traversées (certainement la tradition de « la course au large » inscrite dans nos gènes). En 1982, Christian Marty, qui mourra aux commandes du Concorde qui s’est crashé à Gonesse en 2000, réalise la première traversée de l’Atlantique en planche à voile en trente-sept jours entre le Sénégal et la Guyane. En 1985, le tandem Fred Beauchêne-Thierry Caroni traverse l’Atlantique sur un drôle d’engin, baptisé « Salle des champs-times ». Partis de New York le 15 juin, ils franchissent le cap Lizard (pointe Sud de l’Angleterre) trente-huit jours, deux heures et vingt et une minutes plus tard. En 1986, Alain Pichavant et Stéphane Peyron portent « la marque » à vingt-quatre jours. Dix ans plus tard, en février 1997, Jean Christophe Biannic (tragiquement disparu il y a quelques années) réussira la première traversée de l’Atlantique sur une planche à voile traditionnelle.. Mais dans notre imaginaire collectif, le grand bonhomme de « la planche à voile au long cours » reste sans conteste l’incontournable Arnaud de Rosnay, disparu en mer dans le détroit de Formose le 24 novembre 1984, dans des conditions restées à jamais inexpliquées, en tentant de relier la Chine à Taïwan. La conclusion tragique de cinq années de raids et traversées sur toutes les mers du Globe – débutées en août 1979 par la traversée du détroit de Bering (huit heures de navigation dans une eau glaciale entre l’Alaska et la Sibérie, soit une distance totale de 85 miles, 125 kilomètres), alors que « Le Baron » ne pratiquait assidûment le windsurf que depuis quelques mois…

Arnaud de Rosnay aurait aujourd’hui 67 ans, et le mythe reste bien vivant… Tous ceux qui, aujourd’hui, continuent de céder à « l’appel du grand large », comme Raphaela le Gouvello tout au long des années 2000 ou, plus récemment encore, Alain Gabet et Sarah Hébert, ne manquent jamais de faire référence à Arnaud de Rosnay. Lui qui, en 1980, écrivait dans son journal : « Nous sortons d’une période matérialiste correspondant à l’ère industrielle. Au cours de ces décennies, le Dieu chronomètre a régné en maître. Le sport était un rassemblement d’individus sur des terrains avec des limites, des costumes, des arbitres et des sifflets. Cela est terminé. Il y a beaucoup à attendre de la liaison amoureuse qui va unir l’Homme à la Nature… »

Pour les nostalgiques, voici les scans d’un article de Mars 1986 (Planchemag N°69) sur la traversée de l’Atlantique de Stéphane Peyron et Alain Pichavant.

 

Par Vincent Chrétien

À lire sur le même sujet