Les belles histoires de Planche à voile : Jim Drake

Il y a quelques années, notre journaliste Vincent Chrétien écrivait un papier sur les belles histoires qui ont fait notre sport. Aujourd’hui, toujours dans la démarche de (re)partager avec vous certaines archives mais surtout de belles histoires, nous ouvrons une nouvelle série d’articles autour des plus belles Histoires de Planche à voile.

Et quoi de plus logique que de commencer par le début…

Une histoire de joint – Jim Drake

À tout seigneur tout honneur… Car c’est bien notre grand-père à tous, Jim Drake ! On conjectura parfois quant à savoir qui reste le véritable inventeur de la planche à voile. Fions-nous, si vous le voulez bien, à Dieu lui-même, né très officiellement le 8 janvier 1929 : « Je pense légitimement pouvoir revendiquer la paternité de l’invention de la planche à voile dans sa définition moderne. Quant à l’idée à proprement parler, il est aujourd’hui établi que deux personnes y avaient pensé avant moi. Il s’agit de Newman Darby, qui habite dans le Midwest et qui, dès 1965, a conçu un engin possédant un gréement de type planche à voile. Il a même fait de la publicité à l’époque pour promouvoir son invention dans une publication appelée Popular Mechanics. Peter Chilvers ensuite ; un Anglais, un gamin à l’époque, dont l’embarcation ressemblait à un mini-dériveur. Mais il avait également eu l’idée d’un gréement “pilotable” debout. Je n’ai eu connaissance de ces deux tentatives ou expériences que bien plus tard… »

L’idée géniale, le chaînon manquant, est le joint torique (ou joint universel, encore appelé Diabolo), inspiré des joints de cardan utilisés dans l’industrie automobile, qui reste la clé de l’invention. Sans cette articulation mât/flotteur, nous naviguerions encore assis au fond de nos dériveurs. La première planche fut mise en chantier en janvier 1967, à une époque où Jim, ingénieur en aéronautique et en aérospatiale, travaillait pour le Pentagone. Et c’est, quelques mois plus tard, par une belle journée du milieu du mois de mai 1967 (le 15, pour les férus d’histoire contemporaine) que des baigneurs incrédules assistèrent à la première mise à l’eau de l’engin sur la plage de Marina del Rey, en Californie. Mais un détail clochait : « Je m’étais toujours imaginé debout sur la planche, naviguant wishbone en main. Je n’avais jamais considéré le fait qu’il me faudrait sortir la voile de l’eau ! » On connaît la suite : associé à Hoyle Schweitzer, ils commercialisent leur invention sous le nom de « Windsurfer », ayant d’abord pensé à « The Skate » ou « The Baja Board »…

Le manuscrit original de Jim Drake, A New Concept in Sailing, est consultable dans son intégralité sur Internet. Ce document d’une dizaine de pages, présenté par Jim Drake le 26 avril 1969 lors d’une conférence à l’Institut américain d’aéronautique, détaille par le menu les données techniques de son invention et jette les bases de la pratique. À partir de 1998, alors à la retraite et suite à une rencontre fortuite avec Svein Rasmussen, qui venait de créer la marque Starboard, Jim Drake s’offre une seconde jeunesse, avec le bonheur que l’on sait, collaborant activement au développement de la marque jusqu’à sa mort le 20 juin 2012, date à laquelle nous sommes tous devenus un peu orphelins…

Charles Daher (Marseille) et Patrick Carn (Bretagne) seront les premiers importateurs de la « Windsurfer » en France en 1973. Elle coûte alors 2 300 francs complète… joint compris.

Par Vincent Chrétien

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