Trip : Portugal

Partir sur un COUP DE TÊTE

On parle toujours de projets et de voyages lointains pour accéder à nos rêves. Certains prévoient plusieurs années à l’avance le voyage de leur vie. D’autres se sacrifient au quotidien pour financer quelques virages sur des vagues au bout du monde. Le voyage a toujours fasciné les amateurs de sports de glisse. La promesse de nouvelles sensations. Un appel vers l’oubli et la réalisation de ses envies. Tout simplement, glisser sur sa planche dans une eau plus belle, plus chaude, au milieu d’un paysage inconnu jusqu’alors.

 

C’est toujours notre passion de la glisse qui nous pousse à partir. Que ce soit pour un week-end ou pour toujours… Au gré des prévisions météo et avec les contraintes que peuvent générer l’encombrement matériel d’un sport comme le nôtre. La galère de l’enregistrement de bagages en a rebuté plus d’un – j’en fais partie ! Le prix aussi, qui a peut-être été un frein à pas mal de passions naissantes. L’idée que le plaisir de la glisse reste inaccessible dans tous les sens du terme a sûrement découragé les moins informés.

Pourtant, des alternatives existent et elles ne constituent pas des renoncements : notre continent offre, à portée de route, des joyaux dignes des plus grands voyages à l’autre bout du monde. Il suffit de croire en sa bonne étoile, d’avoir un peu de temps libre… Je sais : c’est déjà un luxe que tout le monde n’a pas.

Bloqué depuis un an par une rééducation du genou qui n’en finit pas, je me retrouve au moment où, finalement, il va falloir penser à rechausser les footstraps. Deux options : soit je retourne dans le grand bain d’un coup, soit je risque de ne plus jamais retrouver mes sensations et mon courage. Pas simple d’évacuer la peur et pas facile non plus de trouver les conditions idéales à la maison. Hors de question de partir en avion et, surtout, pas le temps de partir longtemps. Du côté de la France, les conditions météo ne font pas rêver et ne laissent que peu d’espoir pour une session de vagues correcte. Et puis, au détour d’une errance sur Google Maps, je m’aperçois que le sud du Portugal offre des similitudes avec d’autres lieux plus lointains comme le Maroc ou le Chili, qui m’avaient séduit il y a déjà longtemps… Des voyages en eau froide, mais des souvenirs tenaces qui sentent bon le windsurf. Ni une ni deux : après avoir consulté la carte météo, contacté quelques locaux via Facebook, je me décide à partir pour un voyage en solo, dans le camion, à l’ancienne. Bien sûr j’emporte tous les jouets (surf et paddle), car je connais bien les caprices d’Eole. Et puis, au fond, c’est moins grave de ne pas trouver les conditions parfaites quand on a le plaisir de découvrir d’autres paysages, d’autres odeurs et que l’on sait que, finalement si ça ne nous plaît pas, on pourra toujours rentrer à la maison sur un coup de tête.

Après quelques heures de route et des pauses tapas à travers l’Espagne, la sono à fond oscillant entre Motörhead et Deftones – un peu de Pink Floyd aussi pour se reposer –, j’arrive enfin en vue de la côte promise, à l’heure où les lumières rougeoient. C’est un peu la course contre la montre pour trouver un endroit agréable où poser le camion pour passer la nuit, choisir une jolie plage si possible. Première promesse tenue : je m’arrête sur la plage d’Amoreira. Une belle arrière-saison et un cadre unique qui s’est délesté de son flot de touristes me donnent l’impression d’être allé beaucoup plus loin de chez moi que je ne le pensais… Déjà !

Les vagues sont petites, mais dès le lendemain, il y a une entrée de houle. Pas de vent, l’idéal pour tester la température de l’eau avec une session de SUP. Alors la nuit se fait courte, l’excitation de découvrir un nouveau spot l’emporte sur la fatigue de dix heures de route. Pourtant, dormir dans le camion, c’est renouer avec l’essence du windsurf trip. Retrouver le goût des vacances en caravane quand j’étais gosse. Savoir qu’on peut changer de chambre tous les jours et qu’il n’y a pas de contrainte. C’est aussi entendre le bruit des vagues qui cassent, alors que le soleil n’est pas encore levé… Un bon augure. Une motivation pour sortir de sous la couette, malgré la température qui n’est pas bien chaude et monter les ailerons.

L’eau est froide, ici. Surtout au petit matin. Mais le paysage et le soleil changent la donne et offrent à cette première session toute simple un réel gout de découverte et d’exploration. Le parking se remplit peu à peu. Des locaux, des randonneurs, des gens qui arrivent pour pique-niquer tranquillement et profiter de la belle journée qui s’annonce.

 

En voyage, que l’on parte loin ou pas, il faut savoir être patient et croire en sa bonne étoile. En attendant le vent, l’Algarve offre la possibilité de profiter d’un lieu qui a su garder son authenticité. Toute la façade ouest est préservée, car située dans un parc naturel. Les villages sont restés des villages. Il n’y a pas de développement immobilier lié au tourisme de masse et ça fait du bien ! Partout dans ces villages aux couleurs traditionnelles blanc et bleu, il y a la possibilité de bien manger. Pour pas trop cher, si on compare avec les prix des stations balnéaires françaises. Se couler dans le rythme local et profiter de ce feeling particulier qu’on rencontre à chaque nouvelle destination. Qu’il faut d’abord apprivoiser pour l’apprécier… Et qu’on a ensuite du mal à quitter.

Quelques jours s’écoulent qui me permettent de connaître un peu mieux cette côte. De la découvrir sous les lumières du matin et du soir. De prendre mes marques dans les petits restaurants bon marché. Et puis, enfin, il y a la belle journée qui s’annonce. Le vent qui commence à faire bouger le camion dans la deuxième partie de la nuit, garé sur la petite falaise qui surplombe le spot de Carrapateira. Au petit matin, la sensation que le jour J est arrivé. Un vent side off qui fait voler les crêtes des vagues… Une eau bleue maculée de petits points blancs, dont tous les windsurfeurs connaissent la signification. Alors on déjeune en vitesse, on sort le matos et même si, pour le moment, aucun autre windsurfeur ne montre le bout de son nez… On se prépare à déflorer un nouveau spot. Un peu de stress, mais du bon stress. Une petite angoisse au moment de mettre l’attelle carbone et de régler les footstraps. Une petite galère, réapprendre que porter le matos jusqu’au bord de l’eau (une petite trotte, sur ce spot) n’est pas le meilleur échauffement quand on a perdu l’habitude.

Et puis, comme pour le vélo, tout revient dès le premier bord. Les sons, les sensations… Un nouveau matos à apprivoiser qui, finalement, est de plus en plus simple à utiliser au fil des années. La première vague, le premier bottom. En douceur pour commencer – il ne faut pas brûler les étapes. Puis un peu plus d’engagement, un petit aérial (celui-là même qui m’a coûté si cher un an auparavant…). Une bonne boîte dans un roller un peu tardif… Le windsurf que j’aime et qui me l’a bien rendu durant toutes ces années. Une bonne excuse pour voyager, rencontrer des gens et faire des images de pays que je n’aurai jamais eu l’idée de visiter sans l’excuse de ce sport magique. Et puis, eh oui, la dure loi du sport : après une heure et demie de nav’, mes bras me rappellent à l’ordre. Plus de jus, plus moyen de tenir le wish et, qui plus est, des ampoules dans chaque main… C’est ça aussi, le windsurf. Une souffrance étroitement liée à un plaisir, un manque étroitement lié à une satisfaction passagère. Une passion quoi, une folie qui nous pousse parfois à faire les choses sur un coup de tête.

L’idée de s’autoriser des escapades moins loin mais plus souvent a fait son chemin dans ma tête. Il y a tant de lieux qui, à la faveur d’une météo conciliante, peuvent se transformer en spots de rêve. Les jouets dont nous disposons aujourd’hui également et surtout cette culture de la mer qui nous pousse à jouer avec, que ce soit en SUP ou en windsurf. Savoir qu’on ira à l’eau même si ce n’est pas dingue. Savoir que, près de chez nous, il y a encore un peu de place pour l’aventure. Alors oui, bien sûr, on me dira que plus rien n’est vierge. Que le Portugal, c’est bien connu. C’est vrai. Mais quand c’est la première fois, c’est toujours une découverte. Quand je regarde les yeux des rideurs portugais qui brillent lorsqu’ils me parlent de ces spots qu’ils pratiquent à longueur d’année, je me dis que je suis loin d’avoir fait le tour de cette destination. Je me dis qu’il faudra revenir et approfondir. Je me dis que, finalement, l’aventure est a portée de main. Bien sûr, les eaux chaudes des destinations tropicales seront toujours dans mon top ten. Mais finalement, quand je fais le bilan, je reviens de ce mini-trip express avec plus de photos dans mon disque dur, plus d’images dans la tête et aussi un parfum familier que j’associe à des souvenirs de gosse. Celui des vacances, de la route, de l’impression de changer de vie, sans pour autant changer de continent. L’impression que chez nous (oui, l’Europe, c’est chez nous), on se sent bien. Qu’il faut continuer à s’émerveiller de ce qu’on a sous les yeux. À préserver ce qui peut l’être, car le charme de cette Algarve qui a su me toucher et s’implanter dans ma mémoire tient aussi au fait qu’elle est restée presque intacte. Protégée par un statut de parc national. C’est à la fois une bonne chose et un sujet d’inquiétude, car je me demande ce qu’il adviendra des zones qui ne bénéficieront pas d’un tel statut, pour calmer les ardeurs des promoteurs ou de l’industrie du tourisme. On ne se refait pas… La peur de perdre ce qu’on aime est aussi un moteur pour tenter de tout faire pour le préserver. Pour en profiter.

Pour le moment, l’heure n’est pas encore aux regrets, mais à la concentration : capter les dernières lumières avant de reprendre la route. Se perdre un peu aussi, car le GPS, c’est pas drôle et c’est plus marrant de se rendre compte qu’on a raté la bonne sortie. Rallonger un peu les vacances en quelque sorte, en rallongeant le trajet.

Sylvain Demercastel
Dans cette vidéo « The Legacy », Sylvain ne nous emmène pas voyager au Portugal mais au Maroc, à Moulay Bouzerktoun plus précisément avec toujours cette même idée du voyage, des rencontres à travers le Windsurf.

 

 

 

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