Trip : San Francisco

On the Road Again : North California

 

Quand les portes automatiques de l’aéroport se sont ouvertes, notre premier souffle a aspiré l’air pollué de l’océan. Le fog. Nous avons traîné nos sacs jusqu’au trottoir en songeant aux quelques semaines à venir, entre camping assez rude, eaux et vents froids. Notre ami et surfeur local, Graham Fedderson, vient nous chercher avec une Chevrolet énorme crachant du gangster rap. Une série de stickers, incluant « Je prends soin de mes plages » donnent du caractère à sa caisse crasseuse. Des années d’expérience nous permettent de rentrer nos sept planches et beaucoup de voiles à côté du matos encore humide de Graham –un bon présage…

Une fois ce chargement fini, Graham nous lâche devant Escape Campervan, où nous avons loué notre van. Il sera notre habitacle pour les 2 semaines à venir : couchages, frigo, kitchenette et, plus important, 4 barres de toit, c’est parfait. Après un nouvel exploit de chargement et de rangement (nous avons fait rentrer 100 kg de matos dans le véhicule), il nous reste juste assez d’espace pour dormir. Nous démarrons la Ford, avalons notre premier burrito du trip et roulons tranquillement vers le Golden Gate. Le vent hurle. Beaucoup de windsurfers et de kitsurfers ont pensé à venir sur ce pont de 2,7 km de long, et 227 m de haut. Nous nous garons à Crissy Fields, au sud du pont et décidons de nous mettre à l’eau avant de poursuivre notre route vers les terres sauvages.

Après tant de kilos et de kilomètres, sentir le froid de la baie de San Francisco entre nos orteils est une perspective assez rafraîchissante. Nous nous tirons la bourre à proximité de l’une de plus impressionnantes constructions du XXe siècle, émerveillés face à cette vision incroyable – le pont et les grands bateaux chargés de containers, et même un hélico qui s’approche. Naviguer sous ce monstre d’acier est tout simplement hors du commun. L’océan est agité et change très rapidement à cause de la marée. Avec l’eau sortant de la baie, le swell augmente juste sous les tours du Golden Gate alors que le courant vous entraîne en ajoutant quelques nœuds de vitesse à votre voile. Avec la marée, il est parfois difficile de rester au vent, mais l’eau devient plus calme. Nous n’aurions pas pu rêver un meilleur accueil. Nos estomacs nous rappellent à l’ordre : nous arrêtons pour un autre délicieux burrito, l’un de mes plats fast-food préféré aux États-Unis.

Nous sortons de l’autoroute 101 pour bifurquer vers l’autoroute 1, plus sauvage. Il fait déjà sombre. Direction Bodega Bay. En nous réveillant le lendemain matin, dans le parc régional de Doran, sur un bout de terre séparant Bodega Harbour de Bodega Bay, nous entendons les hurlements du vent et des cornes de brume. Le van est violemment secoué ; pour se maintenir dehors, il faut enfiler des vêtements d’hiver ! Toute la baie semble trop peu profonde pour poser nos planches, même avec nos petits ailerons de 18 cm. Ce n’est pas un matin idéal. En arpentant le site, nous relevons des éléments qui nous éclairent sur Bodega Bay. Elle fait partie du golfe de Farallones, là où évolue la plus grande population de requins blancs adultes. Parfait.

A notre surprise, nous apercevons un couple de windsurfers qui se jette à l’eau de Bodega Bay vers Bodega Harbour. Nous cherchons à voir de quel endroit exactement ils se mettent à l’eau. Bon, cela a l’air assez profond pour naviguer. Nous nous précipitons vers le van, attrapons notre matos pour une mise à l’eau immédiate, pensant que l’eau va être assez haute pour éviter aux ailerons de rester tanqués dans le fond.

Nous gréons la plus petite voile que nous avons, et frissonnons aux premiers pas dans l’eau glaciale. Sans prise, nous nous battons pour rester au vent face aux 40 nœuds. Dix pas sont épuisants, cent nous donnent l’impression de faire un marathon. Et l’eau n’est pas plus profonde en avançant. Après plus de trente minutes d’une marche exténuante, nous montons enfin sur nos planches et arrivons à partir au large sans trop bloquer nos ailerons… Il y a tellement de vent qu’il nous est impossible de tenter des moves et bientôt, nous ne sentons même plus ni mains ni nos pieds.

Il s’avère que l’endroit le plus profond est le canal qu’empruntent les bateaux et que doivent vraisemblablement aussi emprunter les grands blancs. Théoriquement, quarante nœuds de vent et une eau plane ressemblent à une journée idéale, mais ici, je peux vous assurer que c’est plutôt un cauchemar ! Alors que nos corps et nos esprits sont engourdis, nous décidons de quitter Bodega Bay et de prendre notre envol vers notre prochaine destination.

L’autoroute est lente et ventée, chaque virage révèle une vue extraordinaire et chaque plage que nous apercevons appelle à ce qu’on s’y arrête. Nous ne sommes pas pressés et le message est clair : ce trip ne manquera pas de vent ! L’autoroute nous éloigne de la côte et fusionne avec la route 101. Nous sortons à « Avenue of the Giants », dans le parc national de Humboltd Redwoods, où l’on trouve les plus grands séquoias au monde, pour chercher un campement pour la nuit. Au petit matin, nous sommes réveillés par la brume. Moment parfait pour avaler un grand petit-déj à l’américaine. Le Redwood café nous accueille et Max est aux anges quand il comprend que dans ce pays, le café est servi à volonté ! D’énormes omelettes et pancakes à la pâte sombre viennent à bout de nos estomacs pourtant affamés. Après ce petit-déj pantagruélique, place au windsurf. Nous nous arrêtons à Humboltd Bay et, bien que des rafales annoncent un bon potentiel de nav, le vent ne nous semble pas assez fort et régulier pour se lancer. Nous remontons jusqu’à Big Lagoon et son aire de campement. Ici, cela a l’air parfait. Nous déballons notre matos de slalom pour quelques heures tranquilles sur le lagon. Avec le ciel changeant et l’océan nébuleux, il offre un visage différent à chaque instant. Ce spot est vraiment incroyable pour qui cherche un endroit pour partir naviguer directement à partir de son lieu de campement.

Big Lagoon dispose de deux endroits pour se mettre à l’eau : l’un du côté du campement, l’autre, situé sur la partie nord du lagon. Ce dernier est plus difficile à trouver ; il faut rouler vers le bord sur la 101 jusqu’à un portail blanc puis prendre la deuxième à gauche.

Le lendemain matin nous sommes réveillés par les vents du sud. C’est aussi le signal de mauvaises conditions météo et de vents légers. Nous préférons donc descendre vers l’Oregon dans l’espoir de trouver du soleil à Pistol River, Cape Sebastian et le lac de Flora.

Ici, le temps suit un schéma assez simple. Le vent du sud amène des nuages et de la pluie avec, de temps en temps, assez de vent pour windsurfer, alors que le vent du nord amène du soleil et de forts vents d’après-midi. Pourtant, quand nous atteignons Pistol River, la situation n’est pas du tout meilleure, jusqu’à ce qu’enfin le soleil perce les nuages et que le vent monte… Il est temps de se payer une bonne nav’ ! C’est dément.  Armés de notre plus petite voile, nous volons littéralement sur Pistol River, également connue sous le nom « The Rock ». Le vent est side onshore et le shore break devient rapidement difficile.

 

Cap Sebastian se situe à moins de trois kilomètres plus haut sur la côte. C’est notre prochaine destination. Le vent y est trompeur puisqu’il s’enroule d’abord autour du cap avant d’atteindre la plage. Les conditions y sont souvent venteuses et traîtres, mais les alizées rendent les vagues nettes. Pas de quoi nous arrêter. Lors de cette session en face de The Cape, nous attrapons quelques vagues et des rampes énormes. Les locaux échangent et partagent les infos. Ils nous apprennent que The Cape fonctionne mieux le matin et le soir. C’est un spot qui nécessite du swell afin que celui généré par le vent ne s’engouffre pas sur la plage.

Ça y est, nous vivons enfin une des journées typiques de la côte : le soleil et la chaleur des terres s’élèvent dans l’air coloré au-dessus de l’océan glacial. Bien que l’eau du Pacifique soit gelée, elle monte parfois à 10 degrés. Pourtant, on n’a pas du tout l’impression d’être sur un spot d’eau froide parce qu’en sortant de l’eau, vos orteils brûlent dans le sable et le soleil vous sèche immédiatement.

La ville de Gold Beach est à la fois proche de Pistol River et de Cape Sebastian. Il y a beaucoup de possibilités d’hébergement à Rogue River. En revanche, veillez à votre vitesse ! Nous avons repéré en moyenne 4 voitures de police par croisement pour une ville comptant seulement 2 250 habitants ! A Gold Beach, il y a un spot parfait pour les vagues, près de la jetée. Bien qu’on nous ait assuré qu’il n’était pas dangereux, la quantité d’otaries et de lions de mer pataugeant aux alentours nous a poussés à penser qu’aller à l’eau n’était pas une si bonne idée… Ce n’est que quelques jours plus tard, après un second passage, que nous tentons le coup. Un couple de locaux vient à bout de nos hésitations en nous expliquant qu’il n’y a pas de raison de stresser. Naviguer au milieu d’une centaine d’otaries et de lions de mer est chose commune ici. En revanche, il faut veiller à la marée descendante, et donc naviguer à proximité de la jetée avec une voile plus grosse qu’à l’accoutumée car les courants de Rogue River peuvent rapidement vous entraîner sous le vent.

 

Notre dernière destination au nord est Flora’s Lake, là où soufflent les fameux vents, et où il y a un célèbre shore break. Il y a un campement exactement à côté de l’eau qui vous permet de garder votre voile gréée pendant la nuit. Si vous avez besoin de louer du matos ou de leçons, renseignez-vous auprès de Floras Lake Windsurfing, un petit business familial de planche et de kite situé au milieu de la plage.

 

Deux semaines passées ici, c’est trop court au vu de l’énorme potentiel de la région ! On pourrait revenir pendant des décennies et vivre à chaque fois de nouvelles choses sur ces mêmes plages, rivières et lacs.

 

Dangers de la côte :

  • « Wildlife » : quand les locaux expliquent qu’il y a beaucoup d’animaux sauvages, demandez leur exactement de quels types d’animaux il s’agit…
  • Gold Beach Police : 8 km/h de dépassement et vous êtes bons pour une amende.
  • L’eau froide : ce n’est qu’une fois que vous aurez été arrosé par des vagues que vous vous rendez compte à quel point l’eau est gelée.
  • Ceux qui sautent du pont : le Golden Gate est le deuxième plus grand lieu de suicide au monde.

 

A cuisiner sur le feu :

Pommes de terres californiennes rôties avec du loup de mer frais accompagné d’une salade d’artichauts/poivrons agrémentée d’une sauce épicée montréalaise.

Préparation : 40 mn

  1. Allumez le feu, ouvrez une bière.
  2. Enveloppez les pommes de terres dans du papier alu et placez-les dans le feu pour 30 mn environ.
  3. Salez et poivrez le poisson, enveloppez-le dans du papier alu.
  4. Hachez des poivrons rouge et jaune, ajoutez les artichauts, de la mozzarella de l’huile d’olive et des épices de steak de Montréal.
  5. Mettez le poisson sur le grill et rôtissez chaque côté environ 5 mn
  6. Retirez du feu et enlevez le papier aluminium.
  7. Bon appétit !

 

Infos diverses :

Escape Campervans

www.escapecampervans.com

booking@escapecampervans.com

Texte : Phil Soltysiak

 

 

 

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