The FLOW : Les secrets d’une pure performance en windsurf

«Les meilleurs moments de notre vie ne sont pas les moments passifs, réceptifs, relaxants… Les meilleurs moments se produisent habituellement lorsque le corps ou l’esprit d’une personne est étiré à ses limites dans un effort volontaire pour accomplir quelque chose de difficile et de valable.»

Mihály Csíkszentmihályi (psychologue hongrois)

 

 

L’autre jour, j’ai eu session windsurf mémorable près du Cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud. Il était tôt le matin, le soleil est lentement venu sur la chaîne de montagnes pour ensuite remplir le paysage d’une lumière fraîche et chaude. Le vent soufflait modérément dans la petite baie. Armé de ma 4,5 et d’une 80 litres, j’ai sauté dans l’eau froide et navigué confortablement vers les sets qui arrivaient. L’eau sous ma planche ressemblait à celle d’une piscine extérieure. Je me sentais motivé, mon matériel était parfaitement ajusté et j’étais prêt à dessiner mes propres lignes dans ces magnifiques murs liquides. Mon timing était parfait, mes mouvements se déroulaient sans effort et je jouais dans les vagues comme un enfant. Tout s’est mis en place et c’était comme si l’océan s’adaptait à mes besoins. C’était un moment de “flow” typique ! Je suis revenu sur la plage dans un état second, entre joie et satiété, après quelques heures avec une seule question : comment puis-je ressentir ce sentiment encore et encore ? Et si toute ma session, ou même toutes les choses auxquelles j’ai consacré mon temps, se déroulaient comme ça ?!

 

Pas de séance de natation aujourd’hui, juste de la joie, de la paix et du bonheur. Soyons honnêtes, cela ressemble à un rêve, mais la vérité est qu’il y a des hauts et des bas dans la vie. Il y aura des jours sur l’eau qui ne se dérouleront pas comme prévu, où le vent tombera soudainement, ou vous n’entrerez simplement pas dans l’action. Et si nous utilisions chaque expérience, bonne ou mauvaise, pour apprendre et donner le meilleur de nous-mêmes dans le moment présent ?

Au fil des ans, j’ai redécouvert quelques livres sur ce sujet et cela m’a vraiment aidé de bien des façons à recueillir des moments qui dureront toute ma vie.

Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de mon expérience, qui, je l’espère, vous inspirera à faire un pas de plus vers ce sentiment insensé d’être dans le “flow”…

 

C’est le psychologue Mihály Csíkszentmihályi qui, en 1975, a enquêté sur ce qui donne aux gens ce véritable sentiment de contentement dans la vie. Selon lui, le sentiment de “flow” présuppose un objectif clair, la pleine concentration sur l’action, le sentiment d’activité, l’harmonie de et au-delà de la peur ou de l’ennui en apparence sans effort. (Source : Wikipédia)

Mais comment le transférer en planche à voile ?

Je ne peux que partager mes propres expériences avec vous et chacun a des perceptions différentes. Pour certains, la sensation de bonheur devient perceptible en glissant sans effort sur l’eau, pour d’autres, il peut s’agir d’un surf sur une énorme vague. Néanmoins, les différentes conditions de base sont toujours les mêmes lorsqu’il s’agit d’accéder à cet état de flow.

 

Fixez-vous un objectif clair

Du point de vue technique, il est logique de définir une intention claire avant de s’attaquer à une tâche. Il s’agit par exemple d’établir un objectif clairement défini comme un nouveau mouvement, de naviguer sur un nouveau spot difficile ou d’établir un nouveau record de vitesse avec des copains sur votre spot local.

Mais attention : trop de concentration sur le résultat final provoque des contraintes et des pressions nuisibles au flow. Si nous nous concentrons trop sur le résultat final, il s’estompera. Explicitez clairement ce que vous voulez atteindre et comment l’atteindre, puis œuvrez sans vous soucier de ce qu’il en sortira à la fin.

Mettez-vous au défi

Le flow survient lorsque les compétences et le meilleur de soi sont utilisés pour accomplir une tâche, lorsque nous sommes mis au défi sans se sentir dépassé. Des conditions difficiles, comme une grosse tempête hivernale, peuvent rapidement dépasser les capacités d’un débutant. Le stress, la peur et la résignation sont involontaires. A l’inverse, un waverider s’ennuiera sans doute en naviguant sur un plan d’eau plat avec des vents faibles. Le défi est de sortir de sa propre zone de confort sans entrer dans une zone de panique.

 

Motivation intrinsèque

Le flow demande une motivation intérieure et une action volontaire. Cela ne devrait pas être trop dur pour la plupart d’entre nous, les windsurfers. Mais il y a certainement des situations où il faut s’activer pour démarrer. Pour moi, c’est souvent le cas en hiver, quand il fait moins de 8 degrés et que je dois me demander deux fois si je veux vraiment aller dans le froid au lieu de me reposer sur le canapé.

 

Concentration

Se concentrer sur le moment présent est probablement le facteur le plus important pour passer à l’état de flow (on pourrait dire ”d’abandon”…). Vous êtes complètement éveillé et présent. Seulement ici et maintenant. En détail, il peut s’agir de mettre l’accent sur l’avant-bras dans le jibe ou sur la rotation de la hanche lors d’un frontloop. Il est important de se concentrer sur une chose plutôt que sur le multitâche. De plus, vous devez créer un cadre dans lequel vous pouvez bien vous concentrer. Les endroits peu fréquentés avec de l’espace et des vents constants sont préférés pour pratiquer en paix. Le matériel joue également un rôle décisif pour moi. Si je suis surtoilé ou si quelque chose ne me convient pas, il est difficile de me concentrer sur l’essentiel. De plus, ma condition physique est un facteur important pour rester concentré pendant plus de deux heures sur l’eau.

Peu importe qui vous êtes, l’âge vous avez et ce que vous faites : lorsque vous êtes concentré, vous pouvez atteindre votre plus haut niveau de performance. Dans une compétition, je peux être influencé par ce que fait mon adversaire, me laisser distraire par le compte à rebours de ma montre ou simplement exécuter consciemment chaque saut, chaque vague avec passion et perfection, que je gagne ou perde à la fin.

Nous devons trouver des moyens de vider ce qui pollue notre esprit, de laisser nos peurs, nos soucis et nos pensées futures et passées sur la plage pour un moment et retourner au moment présent.

L’absence d’effort

Dans le flow, les choses se passent facilement entre vos mains. Tout fonctionne sans effort. Les étapes se succèdent – en continu et en douceur. Cela ne veut pas dire que ce que vous faites est vraiment simple. Mais vous connaissez le phénomène : quand vous regardez des gars comme Philip Köster ou Victor Fernandez, cela ressemble à un jeu d’enfant. Plus quelqu’un est doué dans son travail, plus il a l’air simple de l’extérieur. Le flow est “visible”. Cette absence d’effort a également un effet intéressant et extrêmement positif : nous jouons sans nous fatiguer. Quand nous sommes en mouvement, nous avons une puissance énorme, qui semble provenir d’un réservoir inépuisable.

 

Sentiment de contrôle

Dans le flow, vous avez le sentiment subjectif que tout est sous contrôle. Tout se déroule selon le plan ou même comme guidé par l’univers. Vous vous sentez en sécurité dans ce que vous faites – même si c’est objectivement difficile ou dangereux.

Lorsque vous essayez délibérément d’acquérir la sensation de contrôle, vous vous faites un nœud dans le flow. Que se passe-t-il lorsque votre tête essaie de contrôler chaque vague ?

Un dialogue intérieur surgit, quelque chose comme : «Est-ce que je peux encore arriver à la section de la vague, oups, ça devient serré, trop tard !… »

Le flow se produit lorsque l’esprit est calme et clair. Quand l’esprit cesse d’interférer, notre instinct entre en jeu. Alimenté par plusieurs expériences du passé, qui sont stockées dans notre subconscient, notre pilote automatique prend le relais. Cela signifie que pour entrer dans le flow, il faut absolument le laisser aller. Avec une pleine concentration, le dialogue intérieur dans la tête s’arrête. Il n’y a pas de place pour le doute de soi ou les pensées paralysantes.

 

Perte du sens du temps

Le sens du temps est souvent déformé dans le flow. Dans toutes les activités que j’aime passionnément, le temps semble passer en un clin d’œil. Il y a de grandes chances que toutes ces activités m’amènent tôt ou tard dans cet état.

 

L’oubli de soi

Dans le flow, nous sommes complètement absorbés dans une activité et nous nous sentons en harmonie avec le reste du monde. Notre ego disparaît. Dans de tels moments, on accède à une volupté qui permet d’atteindre son plein potentiel. Il s’agit de prêter attention à un autre niveau, cela nécessite une pratique quotidienne pour découvrir ce potentiel.

Plus vous pratiquez avec de véritables intentions, plus vous ressentez cet esprit d’amour et de passion. Il y a moins de place pour les distractions et les discours négatifs.

C’est exactement ce que chaque athlète expérimente lorsqu’il donne le meilleur de lui-même, lorsqu’il est pleinement dans la zone. C’est la performance à son meilleur.

 

 

Je pense que le windsurf est un sport aux possibilités infinies. C’est un défi sans fin que de vouloir s’adapter aux éléments de la meilleure façon possible et de contrôler la puissance brute de la nature dans vos mains et sous vos pieds. Certes, ce n’est pas un sport facile, mais c’est peut-être la raison pour laquelle tant d’entre nous y consacrent leur vie. Notre but devrait être de définir comment nous pouvons continuer à nous améliorer dans notre sport et à le rendre plus difficile. Ou, en d’autres termes, lier totalement notre vie à l’état de flow.

Bonne chance dans votre quête !

Flo Jung

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