Fabriqué en France : Elix

Elix

A l’heure où presque 90% du marché windsurf international est fabriqué en Asie (et nous en voyons aujourd’hui les conséquences), nous avons trouvé pertinent en 2020 de mettre en avant ce qu’il pouvait se passer du côté de chez nous.

En partant simplement de noms comme Bic, Select, Nautix, nous sommes vite arrivés au fait qu’en réalité, le marché du windsurf français peut compter sur une large panoplie d’artisans, tous passionnés et qui vivent pour la plupart du windsurf. Shapers, designers de voiles, de chaussons, d’ailerons ou de foils… : vous allez découvrir, à travers cette série d’articles, un annuaire complet de ce qui se fait de mieux sur notre territoire avec un développement et une production 100% français.

Mais pourquoi ce choix de produire en France ? À travers une multitude d’interviews, vous comprendrez leur motivation à vouloir être connu ou reconnu dans ce milieu qu’est le windsurf “Fabriqué en France”.

Pour continuer cette série « Fabriqué en France », nous restons dans le Morbihan où depuis 2013, Elix est l’une des rares marques à fabriquer des flotteurs de production dans son usine, avec les matériaux composites les plus hauts de gamme, offrant ainsi une véritable alternative aux productions asiatiques. Entretien avec Erwan Le Gallic, le fondateur et designer de la marque.

 

En chiffres

Date de création : R1 concept en 1996 et la marque Elix en 2013

Créateurs : Erwan et Stéphanie Le Gallic

Localisation : Ploemel, Morbihan (56)

Superficie de l’usine : 2000 m2

Nombre de salariés : 6

Production annuelle : 3200 planches

% de l’activité windsurf : 25%

Autres productions : surfs et planches de kite + pièces composites pour l’industrie.

5 gammes au catalogue : Slalom R1X, freeride GT1X, foil F1X, freeWave FW1X et Max

Nombre de pays distribués : une dizaine

Elix la moins chère : 1190€

www.elix-funboard.com

 

Comment t’es venue l’idée de créer cette société en France ?

Je sortais d’un stage chez Select et j’ai eu la chance d’être parrainé par Stéphane Mocher. C’est un personnage avec lequel on avance, et sans se poser trop de questions. Pour le coup, la question quant à l’implantation de l’usine se portait sur le choix de la région de France et non pas sur le pays.

 

Pourquoi ne pouvons-nous pas visiter l’usine ?

Depuis le début, les portes de l’usine sont fermées. Nous y tenons et je pense que, dans une certaine mesure, cela a contribué à notre évolution. Au-delà d’un souhait personnel, nous sommes aujourd’hui dans l’obligation de le faire pour préserver des méthodes de fabrication d’une part mais aussi vis-à-vis de certains clients qui nous confient des projets qui doivent rester confidentiels.

 

Qu’apportez-vous de plus par rapport aux flotteurs sortis de chez Cobra par exemple ?

En 2013, quand nous avons sorti les premières Elix en carbone apparent sur la totalité de la planche, il s’agissait de prendre à revers les productions asiatiques. A l’époque, sur les planches du marché, on ne voyait qu’un petit bout de carbone ou une résine noire pour justifier une annonce marketing. Nous, on ne cache rien. La qualité du travail est visible.

 

Qui effectue la R&D chez vous ?

Quasi tout est fait en interne et en collaboration permanente avec Select. De plus, il nous est possible de tester un produit sur place si besoin, les meilleurs spots de slalom et de vagues étant à moins d’un quart d’heure de l’usine (Kerhilio et St Colomban). Pour le développement des shapes, je travaille avec une poignée d’ambassadeurs.

 

Comment rendez-vous compétitrice la production en France ?

C’est faisable tant que l’on reste passionné. Nous sommes entièrement autonomes, du prototypage à la mise en production. Nous utilisons des outils numériques de dernière génération à tous les stades de production, que ce soit dans la gestion de découpe des tissus, de l’usinage des pains de mousse en cinq axes, des cycles de cuisson automatisés… Nous produisons actuellement les flotteurs 2020 et non pas ceux de 2021 ou 2022. Nos prix sont ainsi maintenus à leur juste valeur. A la différence des produits asiatiques, nos tarifs n’ont pas à supporter les marges de chaque intervenant. Il n’y a pas d’intermédiaire entre le revendeur et nous.

 

Quelle est votre cible de pratiquants ?

Les clients viennent soit parce qu’ils sont enthousiastes vis-à-vis de la qualité du produit, du shape et sensibles au “made in France”, soit parce qu’ils ont essayé et adoré. Nous ne faisons pas de forcing. Il y a aussi une notion de rapport qualité /prix qui joue en notre faveur.

 

On a découvert dernièrement le « Condor », un concept de flotteur révolutionnaire dédié au foil. Quels sont les grands principes en termes de formes et qu’est-ce que cela apporte par rapport aux flotteurs de foil traditionnels ?

Le Condor est né d’une réflexion sur l’aérodynamisme des flotteurs en foil. Avant, il y avait deux modes de fonctionnement : en déplacement ou en surf (une fois au planning). Désormais, il faut raisonner en vol. Jusque-là, les flotteurs de foil ne servent qu’à démarrer. Ils n’ont aucun rôle actif une fois en vol et limitent même la performance de par leur traînée. Car l’évolution du windfoil s’est faite autour de shapes existants, sans grande originalité. Le Condor Concept ouvre une nouvelle voie. Le flotteur, qui fait 2,4 m de long pour 1,05 de large et 200 litres de volume, devient aérodynamique afin de limiter la traînée au minimum et même actif dans la mesure où il apporte une portance aérodynamique. La difficulté a été de conserver certaines propriétés dont la flottabilité et l’hydrodynamisme nécessaire pour s’extraire au départ, sans nuire au design avant tout aérodynamique. Des contraintes liées aux besoins de manœuvres comme le virement de bord ont été prises en compte même si, aujourd’hui, en dehors de la nécessité liée à un parcours de course racing, les pratiquants s’attachent davantage à réussir un jibe en vol.

Et en plus, ça a de la gueule.

 

 

Premières sensations sur le Condor

 

 

 

ITW express de Benjamin Tillier, pilote d’essai en Nouvelle-Calédonie

Planchemag : Tu es l’un des rares à avoir pu tester le Condor. Quels sont les apports en termes de sensations, agrément et performances par rapport à un flotteur classique ? 

Benjamin : La première sensation que l’on a en volant sur le Condor, c’est que l’eau défile beaucoup plus vite sous les pieds. Car, finalement, une planche classique cache l’eau jusqu’à 1,50 m devant nous alors que sur le Condor, tu vois l’eau près de tes pieds. Avec une forte sensation de vitesse.

Si le décollage reste technique et laborieux par rapport à une planche classique, on apprécie vraiment le Condor en vol. D’habitude, dans un vent irrégulier, lorsqu’une rafale arrive et que l’on navigue au près à la contre-gîte, le nez de la planche se fait plaquer à l’eau par l’appui du vent sur le côté : on compense alors en appuyant plus sur le pied arrière. Sur le Condor, on ne sent pas la survente, le flotteur ne se fait pas plaquer à l’eau ce qui donne beaucoup de confiance. La raison ? Le vent n’appuie pas sur le dessus de la planche grâce à sa forme aérodynamique. C’est un point très important dès que l’on navigue à la contre-gîte, au près comme au travers. Dans un vent régulier, cela ne joue pas.

L’autre surprise, c’est dans le clapot : le Condor n’a pas de rail au vent comme une planche classique, ce qui évite de freiner ou changer de direction au près. En gros, le rail du Condor s’arrête au niveau du footstrap avant ; donc lorsque l’on tape une vague cela touche sous les pieds. C’est flagrant, c’est le plus gros avantage du Condor. On est ainsi rapidement en confiance en l’air. Même au vent arrière, j’ai été agréablement surpris lorsque l’on enfourne de l’avant. Car le nez rentre dans l’eau et freine beaucoup moins qu’une planche classique. Ça ralentit et ça remonte plus progressivement en reprenant le principe du catamaran. D’ailleurs, quelle que soit l’allure, le Condor freine moins dès que l’on touche l’eau. En effet, sa carène centrale ne fait que 15/20 cm de largeur derrière, ce qui permet de moins freiner qu’une planche qui fait 90 cm de large. De fait, le Condor s’apparente plutôt à un monocoque avec des ailes aux doubles concaves très prononcés.

En performances, hormis le décollage pour le moment, le Condor apporte de réelles avantages par son nez et son aérodynamisme qui canalise le vent sur et sous la planche : avec moins de turbulences. En termes de sensations, je ne vois pas comment cela ne peut pas être plus performant qu’une planche classique sur un speed test pur au près. Nous allons le vérifier prochainement.

Au jibe, tout se passe à l’arrière et ce n’est pas moins bien qu’une planche classique. Le virement de bord passe également, ce n’est pas sa qualité première.

Le Condor est-il accessible pour un débutant ? 

La forme est extrême, la planche fait un mètre de large et un débutant complet va galérer… Le décollage est plus technique qu’autre chose, il faut juste décaler rapidement ses pieds sur l’extérieur pour ne pas avoir l’impression de pousser de l’eau. Il y a de vraies idées à trouver pour la suite. La version actuelle est trop technique.

 

A quels types de foils le Condor est-il adapté ? Pour quel programme ?

On peut passer tous types de foils, en privilégiant quand même des modèles suffisamment rigides car il y a un couple de rappel d’un mètre de large. Il sera ainsi plus sensible à un mât souple. En plus du contrôle et des bonnes performances, c’est un foil très réactif aux changements de direction. Complet une fois en vol donc.

 

Comment vois-tu l’avenir du Condor ?

Au niveau du développement du foil, je ne vois pas comment cela ne va pas réfléchir dans le sens du Condor car le fardage* du flotteur est dingue. Il y aura forcément des planches qui vont évoluer dans ce style-là.

 

* Le fardage désigne la prise au vent d’un bateau ou d’un navire. Cette prise au vent agit sur un voilier remontant au vent car elle affecte directement ses performances. En effet, le phénomène du vent apparent, augmentant avec la vitesse du navire, provoque une baisse des performances par le frein aérodynamique s’exerçant sur les œuvres mortes. Les voiliers modernes, aux coques volumineuses et légères, peuvent présenter un fardage très défavorable. (source : Wikipédia)

 

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