Fabriqué en France : BIC

A l’heure où presque 90% du marché windsurf international est fabriqué en Asie (et nous en voyons aujourd’hui les conséquences), nous avons trouvé pertinent en 2020 de mettre en avant ce qu’il pouvait se passer du côté de chez nous.

En partant simplement de noms comme Bic, Select, Nautix, nous sommes vite arrivés au fait qu’en réalité, le marché du windsurf français peut compter sur une large panoplie d’artisans, tous passionnés et qui vivent pour la plupart du windsurf. Shapers, designers de voiles, de chaussons, d’ailerons ou de foils… : vous allez découvrir, à travers cette série d’articles, un annuaire complet de ce qui se fait de mieux sur notre territoire avec un développement et une production 100% français.

Mais pourquoi ce choix de produire en France ? À travers une multitude d’interviews, vous comprendrez leur motivation à vouloir être connu ou reconnu dans ce milieu qu’est le windsurf “Fabriqué en France”.

Pour continuer cette série « Fabriqué en France », nous restons dans le Morbihan, du côté de Vannes où la saga Bic Sport continue à travers le foil et des dizaines d’autres produits avec une fabrication française plus que jamais d’actualité dans la crise actuelle. Benoit Tréguilly, responsable de la communication, répond à nos questions.

BIC Sport (Tahe Outdoors France)

Date de création : 1979

Localisation : Vannes

Superficie Usine : 22 000m2

Nombre de salariés en 2020 : 80/90

Distribution : 92 Pays

Programmes proposés : Funboard, freeride, écoles/clubs

Technologies Windsurf : le thermoformage verre/ASA sur noyau polystyrène (ACE TEC) et le thermoformage polyéthylène sur noyau polystyrène (TOUGH TEC)

Tranches de prix : de 900€ à 1250€

Site internet : www.bicsport.com

BIC Sport et Tahe Outdoors se sont rapprochés fin 2018 : qu’en est-il exactement de cette nouvelle synergie ? Le nom BIC Sport va-t-il perdurer ?

La société BIC Sport a quitté le groupe BIC fin 2018 pour rejoindre la société Tahe Outdoors, qui fabrique des kayaks et des pagaies. Cette société fait maintenant partie du groupe KJK Sports (www.kjksports.com), qui détient notamment Core Kite Surf, Elan Skis, Elan voiliers, Tahe Marine, Egalis… BIC Sport est donc une des marques de ce nouveau grand groupe de sports outdoor.

 

Combien de planches de windsurf produisez-vous par an dans votre usine ?

Plusieurs milliers (contre 100 000 en 1980). Le nombre a considérablement baissé, comme pour tous les acteurs de ce marché qui est en baisse constante depuis les années 80. Il est évalué aujourd’hui à moins de 50 000 pièces environ par an (contre 400 000 en 1980), toutes marques confondues dont 80-90% sont fabriqués chez Cobra.

 

Quel pourcentage représente le windsurf pour Tahe Outdoors/BIC Sport aujourd’hui ?

En unités, beaucoup moins que le SUP mais le windsurf garde une part importante en termes de chiffre d’affaires car la valeur d’une planche de windsurf est supérieure à celle d’une planche de SUP. Il faut également tenir compte des gréements qui viennent s’ajouter dans cette catégorie.

 

Combien de gammes vous avez au catalogue en 2020 ?

Nous proposons une gamme de 7 modèles Techno Freeride répartis dans trois sections Windfoil, Freeride et school freeride + SUP Wind. Ces planches sont fabriquées en thermoformé/fibre de verre sur pain de polystyrène (ACE TEC). La gamme windsurf 2020 comprend également la gamme Beach en polyéthylène sur pain de polystyrène (TOUGH TEC) avec les planches destinées à l’apprentissage et aux clubs/écoles). On n’oublie pas bien entendu la Techno 293 OD qui est notre modèle le plus vendu grâce à une classe internationale très dynamique dans plus de 60 pays.

 

Comment parvenez-vous à garder une construction française ?

Avant 2000, il existait plusieurs sites de production similaires à Tahe Outdoors en Europe. Il y avait BIC Sport/Tiga, F2, Fanatic, Mistral… Trois étaient situés en Allemagne et deux en France, plus AHD localisé en Suisse. Mais au cours des années 90, le marché s’est nettement rétracté, mettant en péril la survie de ces sites de production européens. Un moule d’où sortent les planches à voile en thermoformé armé fibre verre ou carbone (technologie commune à toutes les marques européennes) coûte environ 150 000 euros. Pour l’amortir, il faut fabriquer plusieurs milliers de planches. Les quantités baissant, les marques ont dû se rendre à l’évidence que le modèle économique ne marchait plus, mettant en danger toute la filière. A cette même époque, l’Asie montait en puissance, dont l’usine Cobra implantée en Thaïlande qui était “drivée” par des Européens travaillant pour les grandes marques originelles du windsurf. Résultat, les trois sites de production allemands ont fermé et la fabrication a été délocalisée en Thaïlande. BIC Sport a réussi à garder sa production en France grâce à sa diversification dans d’autres sports de glisse comme le surf, le kayak, le dériveur pour enfants et enfin le SUP. Une diversification innovante que les autres marques n’ont pas tentée. Les technologies utilisées étant les mêmes, cette démarche était logique et permettait de garder la production et donc les emplois en France.

Egalement, les technologies thermoformées traditionnelles (polyéthylène) ayant été abandonnées par l’Asie, nous avons pu reprendre le marché des écoles/clubs, en grande partie délaissé suite à la délocalisation. En effet, l’Asie utilise principalement des techniques de fabrication manuelles qui nécessitent peu d’investissement industriel. Ils s’interdisent ainsi la fabrication de planches en thermoformé très demandées par les clubs et les écoles car beaucoup plus durables. BIC Sport s’est donc retrouvé seul sur ce marché qui est resté très dynamique. Cela nous a conforté dans notre choix de garder la production en France.

 

Que produisez-vous en dehors du windsurf ?

Chronologiquement, nous avons débuté avec le windsurf à la fin des années 70. Le surf est apparu en 1994. Nous étions les premiers à sortir un surf industriel, ce qui a fait grincer les dents des puristes à l’époque. En 1994, nous nous sommes rendu compte que la production de planches à voile dans le monde chutait vraiment et nous tombions avec. Si l’on regarde la courbe, c’est une piste de ski ! Il fallait réagir. 120 à 130 salariés travaillaient sur le site de Vannes et pour garder cette production française viable, il fallait se diversifier, d’où le développement du surf, fabriqué avec les mêmes infrastructures. Ensuite, en 2001, on a lancé la production de kayaks, puis de l’O’pen Bic (petit dériveur pour enfants) en 2006, et en 2010, les premiers SUP sont sortis de l’usine. Historiquement, il y a aussi nos annexes de bateaux, les Sportyak. Plusieurs milliers de pièces sortent de l’usine de Vannes tous les ans.

 

Fabriquez-vous tout en France ?

Pour la marque BIC Sport, tous les produits sont fabriqués en France, à l’exception des modèles gonflables. En effet, la technologie « Drop Stitch » utilisée pour fabriquer ces planches n’est pas possible en union européenne. Elle utilise une part importante de main-d’œuvre, incompatible avec une production en Europe à un prix abordable. C’est la raison pour laquelle notre gamme de gonflables est réduite. Nous laissons ce marché aux grandes surfaces qui proposent des produits bas de gamme à prix cassé. Ce marché est aujourd’hui vampirisé par ces offres à bas coût. Ce n’est pas notre philosophie.

 

Un flotteur BIC Sport est-il plus solide qu’un flotteur en sandwich venu d’Asie ? 

Oui ! Dans notre technologie thermoformée ACE TEC, la fine couche de thermoformé associée à la fibre de verre et au pain de polystyrène fait toute la différence. Cette couche d’ASA de 8/10e d’épaisseur protège les flotteurs des chocs ponctuels et assure une durabilité excellente avec un très bon ratio poids/volume. Nos technologies sont parfaites pour une pratique loisirs et familiale ainsi que pour les clubs. Dans les clubs sportifs, nos Techno 293 OD servent en moyenne 6 heures par semaine entre les entraînements et les championnats. Elles voyagent partout dans le monde sur des remorques, containers… et elles ne bougent pas ! Les planches moulées en Epoxy + revêtement gelcoat ou peinture (technologie Asie), vieillissent beaucoup plus rapidement. Vous pouvez remarquer également que les planches de windsurf, surf, SUP gardent une très bonne cote sur le marché de l’occasion. Leurs shapes indémodables et leur technologie très durable sont des critères clés pour tenir cette cote ! Autre avantage de fabriquer en France : notre proximité avec les grands bassins de pratique. Quand une grande centrale d’achat souhaite faire une commande importante, nous sommes capables de lui fournir en une dizaine de jours contre six mois de délais en Asie…

 

Dans tous les produits que vous fabriquez et vendez, lequel est le N°1 aujourd’hui ?

La Techno 293 OD. Il y a une forte dynamique dans le monde entier sur cette planche. Près de 60 pays ont développé des classes nationales et les fédérations nationales de près de 60 pays ont adopté la Techno 293 OD pour faire régater leurs jeunes sportifs. Les Championnats du Monde Techno 293 OD rassemblent plus de 400 coureurs de 35 pays. C’est énorme. Elle a été validée « classe internationale » par World Sailing (ex-ISAF) en 2005 et, depuis, son histoire est allée de succès en succès. La Techno 293 OD a permis à des dizaines de milliers de jeunes du monde entier de régater à armes égales à un coût raisonnable. Elle symbolise à elle seule une grande partie des valeurs de BIC Sport/Tahe Outdoors.

Nous travaillons actuellement au développement d’une nouvelle classe : la Techno Foil 130 qui fait le lien entre la Techno 293 OD et la nouvelle planche olympique à foil. Elle rencontre déjà un grand succès et les clubs en attendent beaucoup pour répondre aux attentes de tous les jeunes coureurs qui veulent régater à armes égales en foil avec un budget raisonnable.

 

De quand date votre dernière nouveauté ?

C’est la Techno 130 Windfoil, qui est sortie en 2019. Elle a été conçue pour pratiquer le freeride et la navigation sur foil avec la même planche. Elle permet ainsi de profiter des vents les plus légers avec le foil et de naviguer en freeride dès que le vent monte plus fort. Une planche 100% hybride, solide et très performante. Equipée de son foil, elle décolle facilement, dès 10 nœuds de vent, et son shape signée Jean-Marie Guiriec permet de prendre facilement son envol et de gérer sans efforts son assiette avec le foil en action. Sans son foil, c’est une planche puissante qui part tôt au planning, qui est réactive sous les pieds et super rapide avec des vitesses de pointe très élevées ! Elle donne tout son potentiel entre 15 et 25 nœuds. Bref, c’est un pack convertible unique sur le marché du windsurf foil.

Quelles sont les prochaines évolutions à venir dans le domaine du foil chez Tahe Outdoors/BIC Sport ? 

Nous venons de lancer la Techno 160 Windfoil avec laquelle (une fois de plus !) nous tirons un bord différent des autres fabricants. Nous proposons une planche accessible à double programme freeride et foil avec un foil à profil large très facile à utiliser. On enregistre déjà beaucoup de demandes, que soit dans les shops ou les clubs. Le windsurf foil n’est pas si facile d’accès et naviguer à plus de 25 nœuds à un mètre au-dessus de l’eau peut faire peur. Avec la Techno 160, nous avons cherché à retirer ces freins et à maintenir un prix abordable. Décollage rapide et facile, maintien en vol peu technique, vitesse modérée… on a le plaisir de voler sans la peur de se crasher.

 

Vous ne fabriquez que la marque BIC Sport chez Tahe Outdoors France ?

Nous fabriquons également pour d’autres marques, en SUP notamment. En 2018, nous avons acquis la marque SIC, très populaire aux Etats-Unis et qui se développe fortement en Europe. Nous fabriquons également pour Oxbow, avec qui nous avons un contrat de licence… D’autres partenariats et projets sont en cours avec d’autres marques, que ce soit en SUP, kayak, windsurf ou surf. Notre outil industriel, qui offre quatre technologies différentes, est unique au monde et nul doute qu’avec la crise actuelle, de nombreuses marques vont vouloir sécuriser leur source de production. Nous comptons bien être une des solutions pour le « monde d’après » dont tout le monde parle aujourd’hui !

 

 

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