Dans l’intimité des pros Slalomeurs (Partie I)

Nous avons profité de l’étape de Coupe du monde qui avait lieu à Marignane l’année dernière pour interroger les deux meilleures slalomeuses françaises et trois des meilleurs slalomeurs français en 2018 (et 2019 aussi) sur leurs choix de réglages de matériel et leurs ajustements en fonction des conditions. Avec Delphine, Marion, Antoine, Pierre et Julien, nous avons passé au crible les principaux points clés qui permettent de naviguer plus facilement, plus confortablement et performer dans toutes les situations possibles. En allant chercher les plus petits détails, qui font toute la différence entre le pratiquant lambda et le champion.

 

A la lecture de leurs réponses, on s’aperçoit que les réglages et les sensations peuvent être parfois différentes voire contradictoires d’un coureur, d’un sexe à l’autre, en fonction du style, du gabarit ou du matériel. Ce qui démontre toute la richesse, toute la complexité de notre sport pratiqué dans un milieu – le vent, la mer – en perpétuel mouvement. S’il n’existe pas de vérité absolue, les secrets et recettes de nos Pros du windsurf – dont les deux champions du monde en titre – apportent de l’eau à nos moulins. A nous maintenant d’expérimenter et personnaliser ces « grandes règles » sur nos spots, avec notre matos, pour trouver celles qui nous conviennent le mieux sur l’eau.

Et que vous soyez slalomeurs ou Freerider, expert ou débutant, ces grands principes s’appliquent à tous.

 

Les 5 Pros

Delphine Cousin

1,76 m pour 70 kg

Championne du monde 2018 & 2019

 

Marion Mortefon

1,61 m pour 65 kg

3e mondiale 2018 et 2ème mondiale en 2019

 

Antoine Albeau

1,85 m pour 99,9 kg

Champion du monde 2018 et 3e mondiale 2019

 

Pierre Mortefon

1,86 m pour 92 kg

3e mondial 2018 et Champion du monde 2019

 

Julien Quentel

1,82 m pour 88 kilos

5e mondial 2018 et 2019

 

 

Quand peut-on monter ou descendre le wishbone ?

Julien : Personnellement, je navigue le wishbone bas comparé aux autres. J’ai fais un trait au marqueur sur tous mes fourreaux de mât pour me donner un repère et j’ajuste sur l’eau en fonction des conditions. Je monte un peu le wishbone quand il y n’y a pas beaucoup de vent, pour avoir un peu plus de lift et de power. Je le descends quand il y a du vent pour m’assoir un peu plus facilement et être plus à l’aise dans les jibes.

Pierre : On monte généralement quand c’est léger et on descend quand c’est fort. On peut monter aussi pour du près et du grand largue

Antoine : Les voiles ne sont pas conçues pour avoir le wishbone en bas de fenêtre car cela présente trop de surface sur la partie haute de voile et quand tu navigues, ça casse le profil de la voile là où il ne faut pas. Et même pour un petit gabarit, il vaut mieux naviguer plus haut. Lorsque l’on met une même voile de 7,8 m² sur une planche de 100 litres ou 120 litres, il faut monter plus haut le wishbone sur la 120 litres car la planche est plus large. Le corps est placé plus à l’extérieur et lorsque l’on se penche, c’est comme si le wishbone était plus bas. Par exemple, je n’ai pas les mêmes réglages de voile sur ma 8,6 m² avec ma planche de slalom médium (71 cm de large) et grosse planche (85 cm de large), mon wishbone est plus haut avec ma grosse planche.

 

Quand peut-on raccourcir ou allonger les bouts de harnais ?

Julien : Je raccourcis les bouts quand le vent est plus léger. Quand le vent monte, je les allonge pour que, lorsque la rafale arrive, cela me donne plus de temps de réactivité pour pouvoir réagir. Lorsque tu es trop court, il faut se pencher plus en arrière pour contrer la force de la voile, ce qui n’est pas l’idéal car une voile fonctionne mieux quand elle est droite. Dans ce cas, la moindre rafale te fait lever alors que quand les bouts sont longs, la voile ouvre un peu. Sur mes petites voiles, j’utilise des bouts de harnais vario de 28-34’ (NDLR : ’ pour Inch) et je suis plus près du 34’ dans le baston. Avec les grosses voiles, j’utilise plutôt du 24-28’, en allongeant un peu si c’est rafaleux et en raccourcissant si le vent est stable.

Marion : En 7,7 m², je navigue avec des bouts de harnais vario de 22-28’ et je tourne souvent autour de 25’. Je joue beaucoup sur la longueur en fonction des angles et du vent. Avec des voiles plus petites, j’ai des bouts de 28-34’ et je navigue avec des bouts longs pour le contrôle dans le vent fort. Ça m’apporte également plus de contrôle de les écarter, pour mieux écraser. Et si j’utilise mes bras, c’est que mes bouts ne sont pas bien réglés. Enfin, ça vaut le coup d’utiliser un wishbone à petit diamètre pour mieux contrôler et moins forcer sur les doigts, la main, les bras.

Delphine : Je suis en bouts de 22-28’ sur ma 7,7 m² et ensuite comme Marion en 28-34’ sur les plus petites voiles. Je peux être au plus court en bas de plage et au plus long en haut de plage. Si c’est plat, on peut raccourcir. Le bout réglable est obligatoire pour s’adapter à la force du vent et aux angles parfois différents d’un bord à l’autre sur un parcours.

 

 

Quel écartement des bouts de harnais ?

Pierre : Ils sont assez serrés, de l’ordre de 3 largeurs de doigts. En 9 m², les bouts sont collés et en 5,4 m², je suis à 4 doigts d’écart entre les deux bouts. Plus on serre les bouts, plus on est fin dans les appuis, c’est plus joueur pour caper ou abattre. Avec des bouts plus écartés, la voile bouge moins, ça peut être efficace dans certaines conditions, comme en longue distance par exemple. Les deux réglages fonctionnent bien, il faut juste les adapter à la situation. On a moins besoin de serrer les bouts dans un vent propre et stable. Maintenant, naviguer serré en 5,4 m² dans 40 nœuds de vent, c’est compliqué, l’écartement apporte un peu de confort

Julien : Un gars comme Bjorn écarte beaucoup ses bouts de harnais pour plus verrouiller le gréement et accélérer plus fort dans la risée : il a le physique pour cela. Personnellement, mes bouts sont plus serrés pour un réglage plus fin, pour laisser ouvrir la voile dans la survente. Si je bloque, je vais me faire emporter par la voile. Alors que moi, je peux ouvrir et vite refermer.

Delphine : Je n’ai jamais les bouts qui se touchent, plus le vent est fort et plus je les écarte. Je n’utilise pas beaucoup mes bras, les bouts doivent être bien réglés.

 

Quand doit-on augmenter ou diminuer la tension de la voile au point d’écoute (wishbone)?

Antoine : J’essaie toujours de régler au plus creux que je peux tenir en course. Pour un gars qui fait du slalom en mode plus décontracté, il faut régler plus plat sinon il risque de s’envoler au moindre clapot. Dans le vent fort, on étarque la voile, sachant que les voiles qui sont tendues sur le bas de la chute acceptent mieux de naviguer plates que les voiles avec une grosse ouverture de chute.

Julien : Il m’arrive de relâcher la tension d’écoute avant le jibe pour augmenter le creux dans la voile, faire un ballon et relancer avec une voile puissante. Une fois dans le harnais, je retends un peu. Le fait de tendre au wishbone aplatit la voile, le creux avance et j’ai moins de main arrière. On le fait quand le vent se renforce ou qu’on remonte au près. Dès que le vent est un peu plus faible et qu’on abat, on relâche au palan, on met plus de creux pour avoir plus de main arrière et garder une bonne assiette de planche. Quand j’ai une voile plus creuse, plus puissante sous la main arrière, ma planche se met plus facilement à la gîte. Lorsque le réglage est plus plat, la moindre variation de force de vent modifie plus l’assiette latérale de la planche. Je préfère naviguer avec un peu plus de creux que pas assez pour obtenir une voile plus stable. Une voile trop plate peut être trop ON/OFF en comportement, ça guidonne.

Pierre : C’est bien d’avoir un palan, surtout avec des voiles de course. On retire pour caper et si l’on est à la rue pour diminuer la puissance. Sans être trop plat de profil car on perd en stabilité et réponse sur l’arrière. Un peu de creux permet de garder une pression continue sur l’avant. Une voile trop relâchée au wishbone ne fait pas aller plus vite et ça donne plus de puissance, qu’il faut être capable d’utiliser. Personnellement, je ne navigue pas très lâché au wishbone. Ça dépend de la marque de voile.

 

Sur la voile, quand choisir l’œillet d’écoute du haut ou celui du bas ?

Antoine : Cela dépend de la voile. Sur nos Neil Pryde, nos deux œillets sont très bien placés, je prête beaucoup d’attention à cela. Une différence de positionnement de 5 cm entre deux œillets est énorme, nous préférons des œillets assez rapprochés et un peu décalés. On a un peu plus de puissance avec l’œillet du haut tandis que l’œillet du bas fait ouvrir un peu plus chute. On sera mieux avec l’œillet du haut pour remonter au près et mieux avec celui du bas pour attendrir le gréement dans le clapot

Julien : Plus tu montes le wishbone au niveau des œillets, plus ça donne de puissance à la voile, ça retend la chute, ça redonne de la main arrière et ça permet de donner plus de lift à la planche. J’aurais tendance à choisir l’œillet du bas avec des voiles de 7 m² et moins pour qu’elles respirent mieux dans le vent. Ça peut être intéressant d’avoir un peu plus de puissance sous la main arrière pour survoler le clapot en choisissant l’œillet du haut.

Pierre : Dans 90 % des cas, je choisis l’œillet du haut, il faut juste être capable de le tenir car ça offre plus de puissance et parfois, je trouve que ça donne aussi du contrôle. Le point de traction est plus haut, et cela me donne une stabilité globale intéressante, jusqu’à une certaine limite. Sachant qu’en 6,2 m², je passe souvent sur l’œillet du bas pour tenir plus loin dans le vent fort : je gagne autour de 5 nœuds en plage d’utilisation par une diminution de la puissance. La voile respire plus, cela donne moins d’appui sur la planche. Des fois, c’est mieux l’un, des fois c’est mieux l’autre.

Marion : Je navigue toujours avec l’œillet du haut sur mes Duotone Warp, sauf la 5,4 m² quand je ne peux plus la tenir, je mets l’œillet du bas qui m’apporte plus de contrôle. Quand je suis surtoilé, je change simplement de voile.

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