Interview : Raphaëla le Gouvello

Depuis son arrivée dans les années 75, la planche à voile a suscité des vocations, de l’enthousiasme, créé des mythes, des histoires incroyables, engendré aussi, parfois, des drames. Des hommes et des femmes ont marqué cette histoire, comme ils ont marqué celle du magazine que vous tenez entre vos mains. Petits retours en arrière en quelques figures emblématiques…

Nous continuons cette série de « Que sont-ils devenus? » par l’Aventurière. Quatre traversées océaniques incroyables, plus de deux cent dix-sept jours passés seule sur une planche à voile… :

Raphaëla le Gouvello

 

Comment est venu ce goût de la planche à voile?

C’était en 1976, avec l’arrivée des premières Windsurfer. Il y en avait une qui traînait là depuis 1974 et à laquelle personne n’avait vraiment fait attention. J’avais 16 ans, ça a été le coup de foudre. Dès 1977, les premières régates étaient organisées à La Baule, auxquelles j’ai participé et plutôt en bonne compagnie : les frères Pajot, les frères Peyron, Fred Beauchêne, Marc Bouet… De très bons voileux qui s’amusaient à faire de la planche, dont certains ont vraiment “croché” dedans, dont Stéphane Peyron, Fred Beauchêne et moi-même.

 

Tu as pratiqué en compétition?

Oui, très vite, il y a eu des petites courses qui ont été organisées et j’ai vraiment fait de la compétition en planche Open (j’étais en Mistral M1), dans les années 8O, avec ligues, interligues, championnat de France et même d’Europe. Nous étions sur des parcours olympiques avant même que la discipline de- vienne olympique.

 

Comment a germé l’idée de ces traversées ?

Lorsque je suis revenue m’installer en Bretagne, après mes études aux États-Unis, l’idée est venue presque comme une boutade : traverser l’Atlantique. Je savais que c’était faisable, car Stéphane Peyron l’avait fait, Fred Beauchêne aussi et que je les connaissais bien tous les deux… À l’approche de mes quarante ans, c’était comme un appel!

 

Comment s’est passée la préparation de ta première traversée?

On a bien tenté de me dissuader, notamment un journaliste connu qui me conseillait de traverser en bateau plutôt qu’en planche ! Ce qui m’intéressait, c’était la sensation de naviguer au milieu de l’océan, en planche à voile, sur une longue durée, avec ce que cela signifie d’engagement physique, ressentir la mer comme la planche permet de le faire…

 

Combien de temps de préparation?

Quasiment toute l’année 1999. Ma seule expérience en soli- taire longue durée, ç’avait été une épreuve de 24 Heures organisée en 1982 par Stéphane Peyron, à La Baule, bien relayée par Planchemag à l’époque ! Lorsque mon projet s’est précisé, Stéphane et Fred m’ont soutenue, j’ai pu utiliser la planche de Stéphane, révisée par Guy Saillard, l’architecte-concepteur, qui a tout mis en œuvre pour faire les choses correctement. Mais la première traversée a été difficile, car l’alizé est tombé

en panne, je n’avançais pas, impossible d’utiliser le harnais, une épreuve physique et morale abominable ! J’ai connu plus de frustration d’avoir subi que d’avoir profité. Et l’envie de repartir a été très forte.

 

Tu as enchaîné avec la traversée de la Méditerranée, en 2002…

En fait, je pensais surtout à la traversée du Pacifique que je prévoyais en 2003. On a beaucoup réfléchi avec Guy aux modifications à apporter à la planche, j’ai traversé la Méditerranée en guise de test et d’entraînement. Peu de temps avant le dé- part du Pacifique, on a décroché un gros sponsor avec l’arrivée de TF1 dans le projet, ce qui a permis de faire une préparation sereine et une traversée pendant laquelle j’ai connu des moments magnifiques. Et envisager, très vite, la traversée de l’océan Indien, en 2006. Après l’océan Indien, je me suis dit ouf, la mer m’a laissée passer et ces souvenirs sont inscrits à jamais au fond de moi. J’ai vécu des choses incroyables en pleine mer, seule à 360 °, de la frayeur aux sentiments de plénitude la plus intense…

 

Tu navigues toujours?

Oui, j’ai fait une petite incursion dans le monde de la course au large en participant à la mini-Transat en 2013, en solo sur un petit bateau de 6,50 m qui m’a rappelé la planche de mes traversées! Et en windsurf, je suis très axée sur mes progrès en vagues (j’aurais aimé passer une rotation !) et je rêve de me mettre au foil pour les jours où il y a moins de vent !

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