WWT : Stéphane Quéniart, le plaisir avant tout

À 48 ans, Stéphane Quéniart n’a rien perdu de la passion qui l’anime depuis son premier bord, à l’âge de 12 ans. Depuis sa Guadeloupe natale, où il a toujours vécu, le windsurf l’a accompagné toute sa vie. Cette année, il a décidé de profiter d’un créneau pour se confronter au circuit international Masters. Après une belle performance à Maui où nous l’avions déjà rencontré lors de la Quatro Maui Pro, puis un passage par Ténérife, le voilà à Wissant pour la Wissant Wave Classic, à la lutte avec les meilleurs riders de sa catégorie. Entre découverte de nouveaux spots, envie de compétition, plaisir de voyager et un objectif assumé de jouer les premiers rôles au classement, Stéphane vit cette saison à fond. Nous l’avons rencontré à Wissant pour parler de compétition, de voyages, de Guadeloupe, de Masters et de plein d’autres choses…

Salut Stéphane, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Stéphane Quéniart, j’ai 48 ans et je suis Guadeloupéen. Je pratique le windsurf depuis l’âge de mes 12 ans. Dès le premier bord, j’ai tout de suite adhéré. Dès que j’ai vu un petit peu de mousse derrière la planche, les sensations de vitesse, ça m’a tout de suite pris. Et j’ai gardé ce sport toute ma vie, en fin de compte. J’ai orienté ma vie par rapport à ça, entre autres mes choix d’études. Je suis allé à côté de Marseille pour mes études parce que je voulais absolument naviguer. Ensuite, je suis revenu en Guadeloupe parce que je voulais continuer de naviguer. Puis sont arrivés les voyages, Hawaï, La Réunion, Maurice… Aujourd’hui, je sens que j’ai un petit créneau pour participer à des compétitions internationales. Et c’est ce que je suis en train de faire cette année.

Lors de la Quatro Maui Pro de cette année, tu as fait une belle perf chez les Masters. Ça représentait quoi pour toi ce podium sur un spot mythique et face à des riders comme Keith et Francisco ?

Alors, étrangement, je m’étais un peu préparé à ce truc-là. Quelques mois avant, je me suis dit, tiens, j’aimerais bien faire une belle compétition. Et du coup, dans ma tête, je m’étais un petit peu installé dans ce truc-là. Je n’y suis pas allé comme ça au hasard. Je m’étais dit, allez, vas-y, fais quelque chose. Hawaii est un voyage qui coûte cher avec des déplacements compliqués, c’est long pour s’y rendre depuis la Guadeloupe. Avec la famille et le travail, il faut gérer. Du coup, je m’étais mis une petite pression tout seul. Je me suis dit, « vas-y, fais un truc ». Je n’étais pas là juste pour regarder. J’étais plutôt là vraiment pour me battre. Courir des heats avec des pointures, des rideurs qu’on connaît depuis qu’on est gamin via les magazines et les vidéos, ça fait vraiment bizarre. Mais, j’ai été un petit peu coaché par Antoine Martin et Morgan Noireau. Un jour Morgan m’a dit « Ce n’est pas compliqué. Ces gens-là, il ne faut pas les regarder. Quand il y a Francisco Goya sur une vague, tu ne le regardes pas. Tu tournes la tête. Tu restes dans ton truc, et surtout tu ne regardes pas les autres. » J’ai appliqué sa technique et ça m’a porté chance.

Cet été, tu étais à Ténérife aussi. Là nous sommes à Wissant. Trois spots radicalement différents. Est-ce que c’est cette diversité qui te plaît dans la pratique et qui te motive à faire le tour ?

Effectivement, il y a cette diversité, il y a la découverte des spots connus et reconnus depuis de nombreuses années. Hawaï, c’est un endroit que je connaissais. Mais quand je parle de Ténérife, des Canaries, ce sont des spots où je voulais aller quand j’étais ado mais je n’avais jamais eu l’occasion d’y aller. Donc là, c’était pour moi quelque chose de très sympa. J’ai découvert une île magnifique, des conditions vraiment folles, du vent que je ne connaissais pas. Ici à Wissant, moi, je vois un village magnifique. Je vois des gens hyper gentils, un village extraordinaire, une organisation au top du top et un spot absolument sympa parce que c’est sans danger.

Maui, Ténérife, Wissant. Tu ne viserais pas le titre de champion du monde Masters ?

Alors effectivement, en début d’année, en allant à Maui, je me suis dit que si je faisais un bon résultat, je continuerai. Si j’avais été trop dans les choux, ça aurait été trop compliqué. Là, effectivement, je suis encore dans le circuit, encore bien placé. De toute façon, quoi qu’il en soit, j’ai ce créneau cette année et je le saisis. Je compte retourner à Maui pour l’Aloha Classic puis enchaîner avec le Chili. Comme ça, j’aurai fait une année presque complète. Il me manquera l’Australie et Pozzo mais c’est comme ça. Mais oui, je vais continuer, quel que soit l’issue du résultat ici à Wissant. En fait, les compétitions, il ne faut pas se leurrer. On n’est pas là par hasard. On est là aussi pour gagner. Un heat, ça ne dure pas longtemps. On est là une semaine et on va naviguer très peu au final, peut-être deux heures au total. Il faut se donner à fond. Il ne faut pas se dire, je quitte l’endroit, je n’ai rien fait, je me suis endormi, je n’étais pas prêt… Non, on est là, et quand on est sur l’eau, on donne tout. Terminé.

Tu es habitué aux conditions de Guadeloupe, à naviguer soit au Moule, soit à Saint-Anne, qu’est-ce que tu changes principalement dans ta façon de naviguer quand tu arrives ici à Wissant ?

Mes lacunes se sont les sauts parce qu’en Guadeloupe, on a une manière de sauter qui est vraiment différente. On saute sans vent. On est des opportunistes du jump. C’est un petit planning comme ça qui va déclencher une manœuvre. Et sauter régulièrement, on ne sait pas vraiment le faire. Pour moi, c’est un peu un complexe. Mais en soi, j’essaie de ne pas trop y penser. Je me dis, fais un effort, fais un saut sérieux et arrête de faire des bêtises. Après, je capitalise un peu plus sur le surf. Mais il faut bien comprendre qu’en Europe, on est jugé sur trois points : deux surfs, un saut. Et le saut, c’est un tiers de la note. Donc, il faut quand même assurer un minimum.

Aujourd’hui, par rapport à ton ranking (4ème masters), l’objectif reste la performance ou de voyager, de naviguer et de partager des sessions avec les autres.

J’ai envie de dire les deux. Ça serait une fierté d’arriver à la maison avec une coupe ou une médaille. C’est vrai. Mais c’est vrai aussi que l’expérience de voyager entre amis, avec tout ce groupe de petits Français super géniaux, les Antoine, les Morgane, Lisa… Ils sont supers ces gamins et c’est incroyable. Et puis découvrir des endroits comme le Chili, c’est génial. Mais le challenge compétition, il ne faut pas se leurrer, il est bien là.

Quel est ton regard sur ce championnat « Masters » qui pendant longtemps était un peu mis aux oubliettes et qui revient en force ?

Quand j’étais Open ou Senior, je ne regardais pas les masters, je considérais que ça ne servait à rien. Et aujourd’hui, j’ai révisé ma copie. Le windsurf vieillit. Et en fin de compte, le niveau des masters monte beaucoup parce qu’il y a des anciens champions qui sont aujourd’hui des masters et qui sont toujours des très bons rideurs. Et en plus, le tour Masters, c’est tout bonus pour les organisateurs. Ce sont des gens qui n’ont pas de prize money, qui n’ont absolument aucune aide financière, n’ont pas de prise en charge mais qui paie pour participer. Donc indirectement, ils font aussi un peu vivre le tour. Je pense que les organisateurs ont tout intérêt à capitaliser sur ces gens-là. C’est vraiment utile pour l’organisation d’une compétition.

C’est qui ton modèle chez les Masters aujourd’hui ?

Alors j’en ai deux. J’ai le Danois, Michael Viskovic qui est incroyable. C’est un mec qui fait des back loops à tous les bords, posé, nickel. Et Michael Friedl, le champion du monde en titre. Ce sont des gars qui ont des conditions physiques extraordinaires pour leur âge. Ils sont à l’eau tous les jours, ils naviguent 10 fois plus que moi. Ils sont des jumpers incroyables. Ils me fascinent. Et puis, ils sont bon esprit, ils sont là, ils ne se plaignent pas, ils acceptent ce qu’on leur dit. Ils ne râlent pas en fin de compte parce que souvent, on les envoie dans des conditions un peu moyennes et ils s’en accommodent.

Ça représente quoi comme budget à l’année quand tu fais le tour comme toi ?

C’est très cher surtout au départ de Guadeloupe. Il faut compter 5 déplacements à au moins 1500 euros le billet d’avion. Avec l’équipement aussi parce qu’on n’est jamais assez équipé pour tous ces déplacements, les conditions étant tellement variées. Pour exemple, pour Wissant, j’ai 6 voiles. Ça implique des mats, des wish… Donc, Bien équipé, bien préparé, et avec les frais avions, hôtels… Il faut compter dans les 15 000€.

Dernière question, tu as fait quoi de la planche que Francisco t’a donnée à Maui ?

Aïe, aïe, aïe, c’est une histoire extraordinaire. Je… (il réfléchit) Après la compétition, tous les gars de Maui m’ont regardé parce qu’ils ne me connaissaient pas, ils ne m’avaient jamais vu. Je suis arrivé comme ça sur leur compétition. Le dernier jour, je suis allé au magasin chez Quattro et j’ai croisé Francisco. Je l’ai salué et il a commencé à rigoler, il a dit « You kick my ass » etc… Je lui ai demandé où était sa planche qui était là depuis 15 ans dans le magasin. Elle était accrochée au mur. Et en fait, il a compris que je faisais partie de ceux qui se souviennent de cette planche. Qui se souviennent des années 90, qui se souviennent des années 2000, qui ont une vision un peu historique du sport. Il a bien vu que je savais exactement de quoi je parlais. Il m’a dit « Mais, elle est dans mon bureau ». Stéphane Quéniart, le plaisir avant tout Je lui ai dit que j’aimerais bien l’avoir. Et là, il m’a dit « Mais tu la veux ? Tu sais quoi, je vais te la donner ce soir. Après la remise des prix, je te la donne ». Et le soir même, le fait qu’ils ressortent cette planche lors de la remise des prix, ça a fait une espèce d’émulation avec les Quatro. Ils sont tous venus sur scène, ils ont sorti la planche et ils se sont souvenus de l’aventure Quatro. Ça a permis d’enrober un petit peu leur histoire en montrant ce truc qui est un vestige du passé. En disant, regardez cette planche, c’est la première planche du Team Quatro. On était quatre copains, maintenant, 30 ans plus tard, on est une belle entreprise, etc… Et donc, il me l’a donné. C’est un gars assez incroyable. Aujourd’hui, elle est dans mon salon. Je l’ai préparée. J’ai mis un aileron et des footstraps. J’aimerais la naviguer. J’ai vu avec Antoine Martin, on va essayer de faire quelque chose cet hiver avec, pour la naviguer sur des belles vagues.

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