Pour tout planchiste, toutes générations confondues, il est impossible de ne pas avoir à un moment donné mis les pieds sur une de ces planches. Pour beaucoup d’entre nous, elles nous ont permis d’entrer dans la sphère de la Planche à Voile. De grands noms ont travaillé sur leurs shapes, les ont utilisées en compétition ou sur des trips mémorables, les ont immortalisées en photo et vidéo. Elles ont été et sont encore les boards avec lesquelles on s’initie à la planche à voile, celles avec lesquelles ont fait notre premier planing, premier jibe et parfois même notre premier saut. Depuis 1979, elles ont cette particularité d’être fabriquées en France, à Vannes plus précisément. L’usine fait près de 15 000m2, soixante-dix collaborateurs y travaillent au quotidien, deux mille cinq cents personnes y ont travaillé depuis la création de l’entreprise. Vous savez de qui je parle bien sûr. Je parle de TAHE. Vous êtes surpris, vous ne vous attendiez pas à ce nom ? C’est normal. Vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte mais depuis 2019, l’emblématique marque BIC Sport est devenu TAHE.
Récemment, le groupe Tahe Outdoor a sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du Tribunal de Commerce de Vannes. Cette démarche volontaire vise à protéger l’emploi et à initier un appel à repreneurs, afin d’adosser l’entreprise à un nouvel actionnariat capable de soutenir sa stratégie de développement dans le nautisme et la diversification.
Lors de notre dernière rencontre, en juin 2024, nous avions rencontré Jacques Freydrich, Brand Manager de la marque, afin d’en connaître plus sur les raisons de ce changement de nom et le futur de TAHE. Retrouvez ici notre interview parue dans le Planchemag 424.

Tombé dans le windsurf très jeune, Jacques Freydrich a travaillé une vingtaine d’années pour Neil Pryde et JP-Australia, jusqu’à en devenir le responsable Europe. A la fin des années 2000, il achète à BIC Sport la marque française de kite Takoon afin de la relancer. Depuis, il a revendu Takoon et a été embauché par BIC Sport en 2019 pour devenir le Brand Manager de TAHE Outdoors, le nouveau nom de BIC.
Salut Jacques. Donc, nous sommes bien chez TAHE et non plus chez BIC ?
Oui, en effet. Il y a eu, à la fin de l’année 2018, la volonté de la part de la maison mère BIC de céder sa filiale BIC Sport, qui était une petite filiale indépendante mais qui n’était sans doute pas stratégique par rapport à l’ensemble du groupe qui compte dans ses rangs le rasoir, le briquet et les stylos. Il a été donc décidé de vendre la partie Sport pour se limiter uniquement aux autres produits. La cession de cette filiale a été réalisée en 2018. Pour ma part, je suis arrivé après. Il y avait déjà le nouveau propriétaire qui est désormais KJK Sports, une société estonienne spécialisée dans les sports Outdoors qui possède les marques Elan (ski), Baltic Veyras et TAHE Outdoors qui avait dans son giron Core Kite (kitesurf), Zegul (Kayak).
Le nouveau boss souhaitait lancer une nouvelle ère. A l’époque, TAHE Outdoors n’avait presque plus les droits d’utiliser la marque BIC. La marque avait été vendue et nous avions un an pour liquider les stocks et, dans le même temps, lancer un nouveau nom et le faire connaître. Après discussion, nous avons décidé de garder le nom TAHE et de faire passer tous les produits BIC Sport sous le nom TAHE. De son côté, la marque de surf SIC Maui que BIC avait achetée en 2017 et qui appartient aussi au groupe TAHE Outdoors est restée SIC Maui.
TAHE signifie quelque-chose ?
Non. Il n’y a pas de signification propre au nom. TAHE vient de l’univers du kayak, c’était juste le nom de la marque de kayak du groupe qui nous a racheté.
Pas trop difficile de changer de nom juste avant la période Covid ?
La cession s’est faite fin 2018 donc on a pu avoir l’année 2019 comme année de transition. On savait que la fin d’utilisation de la marque BIC approchait, il fallait donc préparer le lancement de la marque TAHE qui, avec le Covid, s’est finalement fait fin 2020, juste avant la période post-Covid qui a été une période incroyable dans l’univers du nautisme car nous avons vécu, après la période de fermeture, un boom incroyable d’un point de vue économique. Cela nous a permis de développer encore mieux nos outils de production ici. Nous avons fabriqué de nouvelles machines pour pouvoir satisfaire la demande. On a eu le sentiment que le changement de nom s’était fait tout de suite car au moment du Covid, tout s’est vendu comme des petits pains, presque sans effort quasiment. Il suffisait d’avoir du stock pour vendre. Mais nous nous sommes aperçus, à l’issue de la pandémie, lorsque nous sommes revenus à une situation normale, que la marque finalement n’était pas si connue que ça et que nous avions un travail de fond à effectuer pour la faire connaître auprès du public windsurf.

Mais à cette période, les clients achetaient-ils du BIC ou du TAHE ?
Ils achetaient un engin pour aller sur l’eau. Le nom n’était pas un frein et ce n’était pas non plus un produit BIC qu’ils achetaient. C’est vrai que l’on s’est appuyé sur le réseau de distribution BIC pour faire passer le message comme quoi un produit BIC Sport devenait un produit TAHE. C’est le même produit, le même outil de fabrication, la même entreprise, le même management, il y a juste eu un changement de marque. Mais à cette époque-là, les gens achetaient principalement un produit pour aller sur l’eau. Ils se fichaient du nom.
En dehors du nom, y a-t-il eu d’autres changements ?
Il y a eu des changements d’organisation en interne. On a pas mal recruté de nouvelles énergies. Nous lancions une nouvelle marque donc il y a eu un gros travail de fond pour dire d’où nous partions et où nous voulions aller. On avait un héritage, celui de BIC Sport, qui était immense. On devait réfléchir comment le transformer et comment le faire perdurer.
Vous avez gardé le côté multisport ?
Oui, rien n’a changé à ce niveau-là. Nous sommes toujours présents dans sept sports nautiques : planche à voile, SUP, surf, Wing, Kayak, O’pen skiff et les annexes.
Que représente la production Windsurf dans tout ça ?
Ces dix dernières années, sur l’ensemble du groupe, notre activité s’est appuyée principalement sur le SUP, à plus de 50%. Ce qui représente quelque chose d’énorme. Mais le business Windsurf chez nous est relativement stable. On est confronté comme tout le monde à une érosion mais le Windsurf reste stable. Nous sommes sur des parts de 15 à 20% d’activité Windsurf. C’est le troisième sport pour nous après le paddle et le kayak. Ce qui est intéressant dans notre positionnement, c’est qu’avec toutes nos catégories, souvent, lorsqu’il y a une activité qui baisse, on arrive à la compenser avec d’autres. Quand tu es monolithique, comme ceux qui ne font que du stand up paddle, c’est évidemment difficile. Soit ils doivent rajouter des activités, soit leur business baisse. Nous, on arrive à toujours rattraper une baisse.
Aujourd’hui quel est votre produit phare ?
C’est clairement la 293. Chez TAHE, on n’a pas ou peu d’innovation. Mais la 293 est un produit qui existe depuis longtemps et qui a fait ses preuves. Et puis on s’appuie sur la Classe 293 qui est une classe internationale pour les jeunes et qui fonctionne très bien. Elle est un peu phagocytée aujourd’hui par le haut avec les jeunes de 18 ans qui vont basculer vers le Foil un peu plus vite qu’avant avec la RS :X. En revanche, nous avons du développement sur la catégorie des U13 qui est très importante. La 293 reste notre produit phare aussi parce que c’est le point d’entrée de la compétition dans le windsurf aujourd’hui pour les jeunes du monde entier.
Combien en produisez-vous par an ?
Je n’ai pas regardé tous les chiffres mais c’est un peu plus de 1000 par an.

Tout ce que vous produisez ici est vendu ?
Oui, même si on n’est pas exactement à l’image de nos concurrents qui produisent tout en Asie. Eux lancent une production sur commande ferme. Nous, nous sommes dans une logique où nous nous assurons d’avoir toujours le produit disponible. On a toujours un petit peu de stock ici pour répondre à certaines demandes urgentes mais effectivement, il y a des produits sur lesquels on a du mal à garder du stock en permanence. Notre avantage est de pouvoir lancer une production assez vite, même si notre planning de production est préparé trois mois à l’avance.
Qu’est-ce qui n’est pas fabriqué ici ?
Pour la partie Windsurf, tout ce qui est wishbone et pied de mât sont fabriqués aussi en France mais chez nos amis de Nautix qui sont nos voisins. Les voiles et les mâts viennent d’Asie. Dans la catégorie TAHE Outdoors, il y a aussi notre offre de gonflables car c’est une technologie que l’on ne maîtrise pas et qui n’est pas disponible en Europe.
Pour revenir sur le succès de la 293 et de vos autres produits, sais-tu combien de planches sont sorties de l’usine depuis 1979 ?
L’usine de Vannes a produit plus de deux millions deux cent mille produits, toutes activités confondues depuis sa création. Ce n’est pas rien…
Quel est votre flotteur plébiscité dans les écoles, clubs de voile ?
Notre gamme Beach, pour le coup, est ce que l’on retrouve le plus dans l’enseignement. La 293, c’est, à notre niveau, le haut de l’iceberg, la planche de compétition, mais avec ce même moule, nous produisons aussi des planches en Tough-Tech*. Et là, c’est une planche que l’on retrouve dans les structures de clubs parce que c’est un produit qui est super résistant et durable. Je ne vais pas dire indestructible mais presque. Dans cette gamme Beach, on a une 160, 185 et 225, donc on peut répondre à pas mal de besoins.

Avec le passage au support olympique sur Foil, la classe Techno 293 OD (monotypie en planche à dérive) conserve la cote auprès des jeunes à l’international mais séduit de moins en moins les jeunes Français, plus attirés par le Foil, que ce soit l’iQ foil ou le Slalom Foil. Comment faire pour reconquérir ce jeune public français ?
Ce qu’il faut savoir c’est que la France est à la pointe sur le Foil. On n’est pas là pour se faire des fleurs mais le Foil a largement grandi en France. Pas que, mais la France a largement été précurseur dans cette pratique, que ce soit en Windsurf, en Wing ou en Kitefoil. Le foil est sans doute plus développé en France qu’il ne l’est ailleurs. Que l’on ait cette sensation qu’il y ait plus de gens qui en font, c’est normal. Eh oui, ça participe à la perte que l’on a à partir des U16 et U18 qui basculent vite vers ce nouveau support pour eux. La pratique olympique, c’est ce qui attire les compétiteurs et dès lors qu’ils ont fait leurs armes de régatiers en planche à voile, dès qu’ils vont pouvoir monter sur un Foil, ils y vont. C’est sans doute moins flagrant à l’étranger même s’il y a des zones comme l’Asie qui ne sont pas de grandes zones nautiques mais où la pratique est gouvernementale (comme en Chine), ce sont les Jeux Olympiques qui priment donc ils ne pensent que Foil. Là aussi, nous perdons des pratiquants. Mais malgré tout, et nous on le pousse au quotidien, la porte d’entrée reste la planche à aileron. Il n’y a très peu voire pas de pratiquants qui commencent directement par le Foil. Tous débutent par un flotteur classique.
En parallèle, la Techno Wind Foil 130 a été reconnue classe internationale en 2022 : comment se passe son développement en France et à l’international ?
Pour être franc, c’est un petit peu laborieux. Cela ne va pas aussi vite qu’on l’aimerait. Ça marche en France. Durant tous les tests events, les opérations, on arrive à avoir une flotte assez sympa. Mais là, pour le coup, on a du mal à dépasser les frontières françaises.
Comment le justifies-tu ?
Principalement par rapport à l’engin que l’on a fait. Très vite, dès le développement du Foil, on a développé cette planche et elle n’est plus au canon de ce qu’est devenu la planche de Foil, donc c’est un frein. Nous sommes en train de travailler sur la Classe pour voir dans quelles mesures nous pouvons la simplifier en termes d’offres de pratique, en ne rendant pas le gréement obligatoire forcément et en ne conservant que la planche et le foil pour faciliter le développement. On va dire qu’en France, ce n’est pas fou mais on a une flotte, on a des événements réguliers. A l’international, c’est plus compliqué. Mais nous sommes dans une phase de développement donc c’est normal aussi.
Qui sont vos concurrents sur cette classe-là ?
Sur la partie Foil, c’est clairement Starboard avec son IQ Youth. Nous ne sommes pas dans la catégorie de l’IQ olympique mais on est en concurrence avec l’IQ Youth. Et Starboard fait du bon boulot sur le sujet donc ils ont pris la place. Nous, on cible pas mal les jeunes aussi. Dès qu’on est en concurrence avec l’IQ, on entre dans un différentiel de coût qui est énorme et c’est un argument important pour nous. Mais malgré tout, dans les instances nationales, lorsque les pays investissent dans des flottes, encore une fois c’est l’olympisme qui fait rêver et qui récupère tout.
Avez-vous pensé un jour à récupérer le support olympique ?
Oui, nous y avons pensé. Il y a peut-être un peu de regrets de notre part de ne s’être pas assez positionné au moment de la suite de la RS :X. On l’a fait mais peut-être pas d’une façon suffisamment forte. C’est quelque chose de pas du tout exclu pour nous à ce jour. A voir comment cela va se passer pour le support olympique dans le futur.
Nous sommes dans le showroom et en regardant la Techno 293, je voie qu’il n’y a pas le logo TAHE dessus, pourquoi ?
Durant la cession de la marque BIC, on s’est retrouvé avec la Techno 293 qui était vraiment issue de BIC, le produit BIC. On s’est dit que l’on avait ces classes (293, O’pen Skiff) qui sont des points forts pour nous et qu’il fallait alors les pousser à fond en tant que marques. Du coup, effectivement, il n’y a pas de TAHE, tout comme sur l’O’pen Skiff, tu ne l’as pas non plus. Ce sont des produits iconiques et ils existent davantage par leur propre désignation de modèle que par la marque. Notre but aujourd’hui est de dire on fait du windsurf sur une Techno, pas sur une TAHE. Ça devient la représentation iconique du produit.
Les Techno 133 et 148 ont des shapes de plus de vingt ans…
Oui.
C’est beau…
Oui.
Toujours avec le même moule ?
Toujours le même et il est toujours propre. Si tu en prends soin, un moule ça se garde très longtemps. On en a un pour faire des annexes, il a plus de quarante ans je crois. Les engins qui en sortent ne sont pas forcément super beaux mais fonctionnent très bien. On va le renouveler là d’ailleurs.

Pour le Windsurf, est-il possible de voir sortir prochainement une nouvelle planche TAHE moderne, plus compacte à 1199 € qui s’adresse au Freerider ?
Tout de suite non, mais j’ai bon espoir, ça va venir. J’ai d’autres évolutions ou révolutions à mener avant. Je ne peux pas trop t’en dire aujourd’hui, mais en 2025 certaines choses sur nos produits vont évoluer. Nos planches, elles n’ont rien à envier aux planches concurrentes, mais il y a toujours un sentiment que les planches sorties de notre usine sont plus cheap. Cela ne sera plus le cas.
Le shape ne change pas mais les décos oui ?
Oui parce qu’avec la technologie Ace-Tech*, c’est de l’impression numérique donc on fait ce que l’on veut. Il y a autre chose que j’aimerais changer aussi, c’est la couleur des plaques. Aujourd’hui, nos plaques sont blanches et on vient y imprimer du rouge, du bleu… Quand je regarde le marché aujourd’hui, des planches blanches, il n’y en a plus. Nous savons faire des plaques de couleurs, il n’est pas impossible que les prochaines Techno 133 et 148 soient réalisées avec des plaques de couleurs.
Avec votre technologie de personnalisation, n’importe qui peut vous commander une planche personnalisée ?
Oui et non. Nous ne sommes pas organisés pour faire des petites séries. Nous sommes des industriels. On peut le faire, mais il faut des commandes de 50 planches minimum. Mais, même pour nous, lorsque nous lançons une production, il nous faut un minimum de cinquante/cent unités pour amortir tout le travail autour des moules… Exceptionnellement, pour un shop client qui voulait des planches à son nom, nous avons lancé une série de vingt pièces mais ce n’est pas assez, ce n’est pas rentable pour nous entre le temps de lancer les machines, le changement moules, sans oublier qu’il y a toujours des planches qui sont ratées.
Une fois ta petite évolution mise en place, il sera possible de voir de nouveaux shapes TAHE ?
Oui, nous travaillerons sur d’autres évolutions au niveau des shapes. Officiellement, rien n’est dans les tuyaux mais nous pourrons le faire. Le problème est que pour nous, le ticket d’entrée pour une nouvelle planche est de 100 000 euros minimum d’outillage industriel avec l’achat de deux moules. Un premier moule pour faire le pain de polystyrène et un second pour fabriquer la planche.

Pour une nouvelle planche, l’investissement est de 100 000 euros ?
Dans les grandes lignes, c’est ça. Si je le rapporte à une planche que l’on peut faire en Asie, là, c’est à peu près 10 000 $. C’est dix fois moins cher que pour nous. C’est pour ça que l’on ne change pas nos produits tous les ans. La dernière planche que l’on a fait, c’est la TWF 130. Si l’on parle d’un point de vue comptable, on n’en a pas fait encore assez pour amortir les moules. Le problème est que notre outillage coûte très cher et qu’aujourd’hui, nous n’avons pas les débits suffisants pour que ce soit vite rentable. C’est pour ça que l’on travaille sur des shapes intemporels. Mais à un moment, il faut amener des choses nouvelles. Le problème auquel nous sommes principalement confrontés dans le windsurf est que l’on sait ce que va être le coût de l’outillage mais après on n’est pas du tout sûr des chiffres que l’on va fabriquer derrière. Notre outillage industriel, il est canon parce que on a une très grande reproductibilité, on sait faire de grandes séries, mais on est moins flexible car ça nous coûte excessivement cher.
Quel est ton regard sur tes concurrents qui proposent des catalogues avec des dizaines et des dizaines de références ? Toi-même qui bossait avant pour Neil Pryde et JP-Australia…
Par rapport au marché actuel, ça me semble délirant. Il y a toujours eu et il y a toujours des marques dont on se demande comment elles font. Starboard, tu peux le comprendre parce qu’ils maîtrisent leur production chez eux. Mais il y a des marques, pour moi ce sont des mystères. Elles ont des catalogues à profusion. Elles vendent, mais je ne sais pas comment elles font avec le marché du windsurf qui baisse. Nous, on en a un bout très spécifique avec la 293, les planches écoles… Il y a toute une partie de la clientèle que l’on ne touche pas, qu’on ne cherche pas et qui ne voit certainement pas nos produits. Je ne sais pas ce qu’ils achètent comme produit mais je sais que l’on pourrait faire un produit qui répondrait à leur demande. Maintenant, est-ce qu’on aura les volumes derrière, je n’en suis pas certain. Aujourd’hui, c’est ça le point d’interrogation.
A ce jour, vous êtes une des marques qui vend le plus de flotteurs ?
Je ne sais pas. Il n’y a plus de statistiques depuis pas mal de temps donc je ne sais pas te dire. Les dernières doivent dater d’il y a une bonne décennie. Mais je pense que, malgré tout, qu’on en fait encore beaucoup comparé à certains.

Parlons images et communication. BIC l’a fait, est-ce que TAHE pourrait reprendre des coureurs ou égéries pour promouvoir la marque ?
Par rapport au positionnement de TAHE, ce n’est pas ce que l’on souhaite développer. Bien sûr, nous aimerions retrouver des Manu et Carine nouveaux. Mais contrairement à notre marque de Surf SIC qui investit dans des riders, nous faisons quelques opérations avec des personnes de temps en temps, mais rien de plus. Cela ne serait pas forcément logique et cohérent de mettre un athlète sur un produit TAHE, surtout s’il va dans les vagues. Aujourd’hui, on partirait plus sur des profils d’influenceurs qui peuvent promouvoir nos produits lors de voyages spécifiques que sur des profils d’athlètes qui visent une performance comme les JO ou la PWA.
Pour ce qui est de l’écologie, produire une planche en plastique n’est-il pas trop contraignant aujourd’hui ?
Chez TAHE, on a très peu de déchets. Lorsque j’étais chez Neil Pryde, on fabriquait des voiles qui venaient de l’étranger qui étaient non recyclables. La plupart des engins concurrents qui sont fabriqués en fibre composite sont complètement non recyclables. Une fois que l’on a mis la fibre de verre, la fibre de carbone, voire le sandwich avec tout ça dans de la résine, c’est figé pour la vie. Donc notre produit à nous, que l’on va appeler « le produit en plastique », il a cette image peut-être pas très positive mais c’est le seul qui est recyclable à 100%. Évidement, sur la technologie Ace-Tech, qui est du composite, nous sommes comme les autres car on vient figer un composite thermodurcissable et une fois qu’il est figé, il est figé. On ne peut plus rien en faire. Mais sur notre technologie Tough-Tech, on a zéro déchet. Quand on fabrique le pain en polystyrène, on vient injecter des billes de polystyrène qui vont s’expanser, là il n’y a aucun déchet. Quand on vient ensuite mouler la planche, tout le tour de la planche, il n’y a que du polyéthylène que l’on broie et avec lequel on fait de nouvelles plaques.
C’est paradoxal finalement. C’est la planche en plastique qui est la plus durable et la moins polluante. On trouve encore aujourd’hui certaines planches de 40 ans sur les plages.

Après ma visite d’usine qui m’a permis de suivre la production d’une planche de A à Z, j’ai pu échanger avec Florent Gautier. Il est le responsable production et R&D de TAHE Outdoors. Ingénieur de formation dans les matériaux plastique et composite avec une spécialité dans les écomatériaux, il a intégré la marque en 2019.
Salut Florent, peux-tu nous en dire plus sur la composition d’une planche TAHE aujourd’hui ?
Aujourd’hui, on travaille sur deux technologies sur les planches à voile. Il y a la technologie Tough-Tech où le produit est constitué à 90% de polyéthylène et polystyrène expansé pour le corps de la planche (le pain de la planche) et de polyéthylène pour la peau, l’extérieur de la planche pour la durabilité. Nous avons aussi la technologie Ace-Tech où nous sommes sur une peau en ABS pour la résistance au choc et à la mécanique, de fibre de verre avec de résine polyuréthane avec, encore une fois, un corps en polystyrène expansé et moulé.
Combien de planches produisez-vous par an ?
Je n’ai pas le chiffre exact mais plusieurs milliers.
Combien de temps faut-il pour sortir une planche de A à Z ?
Pour toute la partie thermoformage, en Tough-Tech, une planche sort tous les quarts d’heure du moule. Il faut compter une heure en Ace-Tech. Tu peux rajouter cinq minutes pour extraire la plaque, idem pour la création du pain en polystyrène. Ensuite, un peu moins d’une heure pour habiller une planche Ace-Tech. Si tu mets tout bout à bout, il faut compter deux heures environ pour avoir une planche emballée, prête à être envoyée.
Et ça nécessite combien de personnes ?
On a besoin de six opérateurs environ pour une seule planche. Sur la chaîne de production, on a deux personnes en thermoformage, une en extrusion, une en polystyrène et un ou deux au conditionnement.
Vous lancez les productions à partir de combien d’unités ?
Aujourd’hui, on essaie de lancer des productions à partir de cent planches. Il arrive qu’on lance des productions plus petites mais afin d’amortir les temps incompressibles que l’on a sur un lancement de prod, l’installation des moules, leur modification si on passe d’une technologie Ace-Tech à Tough-Tech et la programmation de tous les points de prod, cent unités, c’est bien. A trois cents, on est confort.
Depuis le début, le process de fabrication a-t-il évolué ou est-ce toujours le même ?
La base est toujours la même, notamment sur l’Ace-Tech. Après, on apporte des améliorations constantes, notamment sur l’habillage et sur le réajustement des bons niveaux de renforts. Nous trouvons nous aussi des optimisations au niveau du process avec le Tough-Tech qui est une technologie assez récente donc forcément, il y a des améliorations qui sont apportées au quotidien.

Combien êtes-vous à travailler en R&D ?
Je suis tout seul en R&D mais il y a Mickael, notre directeur industriel, qui me donne des coups de mains assez réguliers. Il y a également Valentin au bureau d’études.
Comment ça se passe quand l’idée d’une nouvelle planche apparaît ?
Généralement, c’est Jacques, le Brand Manager, qui expose l’idée d’une nouvelle planche. Il nous amène généralement un fichier 3D d’un shapeur ce qui nous permet de récupérer un design. De notre côté ensuite, on va s’occuper de vérifier que le design est compatible avec notre process et notre savoir-faire. On va alors faire les petits ajustements autour de nos footstraps, puits de dérive… On ajuste le fichier 3D et une fois que c’est OK aussi bien pour le Brand Manager que pour nous, on lance la fabrication des moules.
Comment testez-vous les produits ?
Soit on a un fichier 3D qui est déjà abouti, qui a déjà été testé sur l’eau dans ce cas-là, nous, on a juste à le transformer en production. Soit il s’agit d’un nouveau produit et là, on va réaliser des protos nous-mêmes et on va effectuer des essais sur l’eau par nous-mêmes ou avec des riders partenaires qui nous font des retours pour ensuite ajuster le shape.
Avez-vous des projets de nouvelles planches en cours ?
Sur la planche à voile, il va y avoir une nouvelle gamme en 2025, mais plus sur la partie décoration. On travaille aussi beaucoup sur l’Ace-Tech pour modifier certains points sur nos planches.
L’étape de fabrication la plus sensible ?
Sur le Tough-Tech, je dirais le moment où le pain est inséré dans le moule. Il faut le mettre au bon endroit et au bon moment. Sur l’Ace-Tech, ce serait plutôt l’étape de détourage parce que là, on a une planche assez dure avec un outillage très coupant. Il faut bien couper sans déraper sinon tu abîmes la planche. Cette étape demande de l’attention, la moindre erreur peut gâcher un travail complet en cas de mauvais geste.
Ça a été compliqué pour toi d’apprendre toute cette technologie ?
Oui, il m’a fallu plusieurs mois pour bien tout comprendre. J’ai passé quinze jours en immersion production au début pour comprendre les différents process et les différentes étapes. Après, c’est un travail au quotidien dans l’atelier qui m’a permis de bien comprendre toutes les subtilités de chaque process.
Niveau SAV, en avez-vous beaucoup ?
Il nous arrive d’avoir des retours. Mais par rapport au volume que l’on produit et que l’on vend par an, cela reste une quantité dérisoire.