Les belles histoires de Planche à voile : La découverte d’Hookipa

Il y a quelques années, notre journaliste Vincent Chrétien écrivait un papier sur les belles histoires qui ont fait notre sport. Aujourd’hui, toujours dans la démarche de (re)partager avec vous certaines archives mais surtout de belles histoires, nous continuons cette série autour des plus belles Histoires de Planche à voile avec aujourd’hui …

La découverte d’Hookipa

Tarifa, à l’extrême pointe Sud de l’Espagne, Guincho au Portugal, Essaouira au Maroc, Punta Preta au Cap-Vert, les îles Canaries explorées « en soulevant chaque caillou » par l’Allemand Jürgen Hönscheid… le « trip » est l’une des plus vivifiantes facettes du windsurf et, au début des années 1980, armés des « pilots-charts » de l’armée américaine, les plus fins limiers de la planète bleue, en dignes héritiers de Kerouac et de la « Beat Generation », prennent la route et remuent ciel et mer pour nous dégoter, non pas des « magic mushrooms », mais « des world class spots » afin d’élargir toujours un peu plus notre terrain de jeu. Un véritable jeu de pistes à l’échelle planétaire…

Mais c’est à Hawaii que le centre de gravité de la planète windsurf bascule définitivement, lorsque les meilleurs windsurfeurs locaux, délaissant d’un coup d’un seul l’île d’Oahu et le spot de Diamond Head – le jardin d’enfants de Robby Naish –, se ruent sur un nouveau spot fraîchement dégoté sur l’île voisine de Maui.

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. On vient de découvrir LE spot ! La découverte d’Ho’okipa fut de tout temps attribuée à Mike Waltze, grand pionnier du wave riding qui, tout au long des années 1980, fut l’un des principaux adversaires de Robby Naish dans les vagues : « Cette période fut l’une des plus excitantes de ma vie. Je naviguais six à huit heures par jour, et souvent bien au-delà de ce que mon corps était en mesure de supporter, se souvient aujourd’hui Mike Waltze, freewindsurfeur élégant, au style fluide et épuré. Le soir, je rentrais chez moi et, ivre de bonheur et de fatigue, je m’écroulais dans mon lit et je recommençais le lendemain… »

Depuis cette première mise à l’eau bénie des Dieux, Ho’okipa est devenu un véritable lieu de culte païen. Et quand on entreprend « Le pèlerinage de Maui », à peine débarqués, c’est sur la butte d’Ho’okipa que les premiers communiants s’empressent d’aller verser une larme en regardant les brisants déferler en ordre serré : « Putain, j’y suis ! Je suis à La Mecque, je suis un windsufeur consacré ! Alléluia ! » On parle même de nombreux cas de soudaines et fulgurantes illuminations… Mike Waltze est aujourd’hui réalisateur, on lui doit récemment le très beau film The Last Glide sur le stand up paddle. Et si quelques nostalgiques déplorent l’avènement des nouveaux outils permettant « de fouiller la planète sans bouger le cul de son siège », on préférera pour notre part se souvenir d’Arthur Rimbaud, « L’homme aux semelles de vent », grand voyageur devant l’éternel, qui nous encourageait à être « résolument moderne ». Car pas sûr, effectivement, que les derniers spots, découverts notamment aux Philippines et en Namibie, l’eurent été sans les outils offerts par les nouvelles technologies. The search goes on…

par Vincent Chrétien

À lire sur le même sujet